Globe Reporters Environnement : EDD & EMI

« C’est votre avenir qui est en jeu. Les décisions doivent être prises maintenant pour s’assurer d’un avenir commun sur notre planète, qui est la plus belle des planètes que nous connaissons à ce jour. Mobilisez-vous, vous, vos parents, vos amis, etc. Faites passer le message pour créer cette dynamique vers une autre société qui nous assure un avenir à tous », interpelle l’eurodéputé Damien Carême en concluant une interview sur la transition énergétique réalisée dans le cadre de Globe Reporters Environnement. Un entretien mené par des élèves du collège François Rabelais à Hénin-Beaumont (62) et une éco-déléguée du lycée Jules Mousseron à Denain (59).

Globe Reporters, une synergie entre enseignants et journalistes

Depuis 2007 l’association Le retour de Zalumée développe le projet Globe Reporters qui propose à des enseignants, des élèves et des journalistes de coréaliser des reportages. C’est un écosystème collaboratif qui :
– mobilise les jeunes dans leurs apprentissages,
– accompagne les enseignants dans leur mission d’éducation aux médias et à l’information,
– implique des journalistes,
– contribue aux réflexions de la société dans son ensemble.

Sa philosophie singulière s’inspire des réalités du monde des médias et transforme les salles de classe en salles de rédaction dont les envoyés spéciaux sont des journalistes qui enquêtent et interviewent selon les demandes formulées par les élèves devenus pour l’occasion leurs rédacteurs en chef. À l’échelle locale ou à l’autre bout du monde, les professionnels des médias mettent au service de la curiosité des jeunes leurs compétences pour collecter les informations aux meilleures sources. Ces ressources numériques et multimédias transitent via le site internet www.globereporters.org, sont mutualisées, téléchargeables et facilement exploitables. Élèves et enseignants s’emparent de ces ressources brutes pour produire leurs propres réalisations médiatiques : journal, blog, émission de radio, etc.

Au fil des enquêtes, les élèves, non seulement appréhendent le travail des journalistes et décryptent la fabrique de l’information, mais sont aussi mobilisés dans leurs apprentissages. Plusieurs matières sont investies de manière transversale : histoire-géographie, français, SVT, éducation au développement durable, à la citoyenneté, etc. Les enseignants, de leur côté, disposent de contenus pédagogiques multimédias actualisés.

L’association porteuse du projet regroupe au sein de son conseil d’administration des journalistes, des enseignants et des acteurs du numérique. Sa mission est d’accélérer la coopération entre professionnels qui se connaissent mal et collaborent peu afin de relever le défi de former cette génération et les prochaines à notre monde fortement médiatisé. Enseignants, professeurs documentalistes, éducateurs, journalistes, bibliothécaires, spécialistes du numérique, etc., tous acteurs de l’EMI, sont encouragés à coconstruire des actions afin que chacun soit conscient de la malinformation qui nous entoure.

Nadia, éco-déléguée au lycée Jules Mousseron à Denain (59), interroge Davy, membre d’un groupe local des Jeunes Écologistes © Globe Reporters

La malinformation

Nous entendons par malinformation, non seulement ce qui relève des infox ou théories conspirationnistes, mais aussi toutes les informations incomplètes relayées sans souci de malveillance, mais avec un fort impact sur les consciences. Quand en juillet 2019, la rumeur court à Paris que l’eau du robinet est empoisonnée à la suite d’une contamination radioactive, le premier réflexe d’une personne lambda est de prévenir ses proches et de relayer l’information sur les réseaux sociaux. Alors qu’un internaute averti, en 30 secondes et 3 clics, débusque la désinformation et ne la partage pas.

Internet est un formidable espace de liberté et de diffusion de savoirs. Les jeunes (et moins jeunes) sont massivement sur le web et les réseaux sociaux, tant pour la consultation que pour la production d’information. Pour autant, la maîtrise de ces nouvelles pratiques informationnelles n’est pas innée. Nous sommes tous surinformés, mais à l’image de la malbouffe qui est un danger pour la santé publique, la malinformation dont abuse des personnages comme Donald Trump met en péril l’équilibre de nos démocraties.

Par ailleurs, les jeunes, notamment, sont confrontés à diverses problématiques : cyberharcèlement, e-réputation dégradée, violation du droit à l’image, usurpation d’identité, etc. Utiliser internet sereinement demande donc un apprentissage. Pour qu’ils deviennent des citoyens autonomes et responsables, il faut leur donner les moyens de relever les défis de notre environnement numérisé, qu’ils acquièrent les bons réflexes en ligne et puissent avoir un usage approprié des médias.

Pour attirer la jeunesse vers de l’information de qualité, il faut susciter le goût de l’Info. Former à s’informer et à informer, apprendre à analyser et à critiquer l’information, sans pour autant aboutir à une défiance généralisée vis-à-vis de la presse, passe en premier lieu par nos systèmes éducatifs. En lien étroit avec les enseignants, le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI) ne peut assumer seul cette mission. Les associations engagées dans des dispositifs EMI peuvent être des partenaires intéressants.

Globe Reporters Environnement

Dès sa fondation, Globe Reporters participe à une prise de conscience des enjeux écologiques. Le développement durable et équitable dans ses aspects environnementaux, économiques, sociaux et culturels constitue un axe principal des reportages coréalisés. La gestion de l’eau en zone aride comme dans le sud de la Tunisie, le retour d’espèces sauvages comme le loup en Belgique ou la crise des déchets au Liban passionnent nos journalistes en herbe. Au Vietnam, au Burkina Faso, au Québec, en Roumanie, etc., les globe-reporters enquêtent sur les problèmes de biodiversité, d’accès à l’eau, de gestion des environnements et des ressources, de pollution, d’évolution des paysages, etc.

En France, depuis 2019, nous accentuons cet engagement avec le programme Globe Reporters Environnement qui a pris racine dans les Hauts-de-France. Cette année-là, 130 élèves et 7 enseignants de 5 classes de collèges et lycées ont travaillé avec 3 journalistes et interviewé 37 spécialistes dans leur région. Guidés par des professionnels qui transmettent leur expérience du reportage, les élèves développent des aptitudes critiques et créatives. Ils apprennent à décrypter la fabrique de l’information, à interpréter et à former des jugements éclairés en tant que consommateur de médias, mais aussi à devenir eux-mêmes producteurs de messages médiatiques. Ils se préparent à devenir des « cyber citoyens » de demain, éclairés et responsables.

Globe Reporters Environnement sensibilise également au journalisme de solutions, ainsi qu’au journalisme scientifique. Cette démarche constructive encourage les élèves à s’intéresser aux initiatives locales et aux acteurs qui travaillent à résoudre les problèmes. Les élèves abordent l’actualité de manière plus positive qu’en se cantonnant aux constats. Constats qui, en termes d’environnement peuvent s’avérer angoissants. Le journalisme scientifique leur permet de découvrir le monde de la recherche, d’interviewer des chercheurs, et de se familiariser avec la méthodologie et les discours scientifiques.

En 2021, ce dispositif inclut des établissements de Paris, d’Île-de-France et de Bretagne. Les classes mènent leurs enquêtes sur leurs territoires respectifs en partenariat avec des journalistes locaux. La mutualisation des ressources journalistiques sur le site internet offre aux classes-rédactions des points de vue régionaux divers. Sur certaines thématiques comme la montée des océans, la disparition de la biodiversité ou encore les initiatives pour favoriser une consommation respectueuse de l’environnement, il est alors possible de comparer ce qui se passe dans différentes régions de France.

Marche pour le climat à Lille, le 29 novembre 2019 © Globe
Reporters

Le rôle central du CDI

Paraskevi Foulon est professeure documentaliste au collège Paul Verlaine, à Paris, un établissement qui participe depuis plusieurs années à Globe Reporters : « Le professeur-documentaliste est un enseignant à part, sans classe, sans programme officiel, exerçant dans un espace différent, le CDI, mais par son expertise dans le champ des Sciences de l’information et de la Communication, il est en charge des enseignements et dispositifs permettant l’acquisition d’une culture et d’une maîtrise de l’information par tous les élèves ».

C’est le plus souvent une équipe pédagogique qui travaille autour d’une « campagne » Globe Reporters dont la charnière est le CDI. Nous partons de l’idée que l’ÉMI est une éducation et non un enseignement. L’ÉMI est transversale et interdisciplinaire par essence, abordable dans des séquences disciplinaires intégrées à l’emploi du temps des élèves.

Paraskevi Foulon ajoute : « La collaboration avec un journaliste est bénéfique et enrichissante, car elle permet aux enseignants d’exploiter pédagogiquement la part concrète du travail sur le terrain par des professionnels de l’information et des médias. C’est une ouverture et une accroche sur la réalité complexe du monde médiatique, méconnue par une partie des enseignants des disciplines. »

Post Instagram lors d’un reportage par la journaliste envoyée spéciale des classes © Globe Reporters

Une philosophie, des déclinaisons

À l’ère numérique, développer des savoirs et des compétences, c’est faire participer les bénéficiaires à leur élaboration, apporter une dimension multimédia, accepter le dialogue et actualiser régulièrement les pratiques. Globe Reporters est pensé dès son origine pour être au service d’une éducation aux médias et à l’information adaptée au contexte numérique.

La démarche participative, la plateforme web, l’utilisation de ressources en ligne, l’accès à des professionnels et des experts, permettent aux enseignants et à leurs élèves de développer des compétences informationnelles. Quand, dans une classe de collège à Hénin-Beaumont, lors d’une conférence de rédaction, l’idée émerge de mieux comprendre la transition énergétique, la première décision à prendre est qui interroger ? Ceci fait, et le choix se portant sur une figure locale comme Damien Carême, récemment élu au Parlement européen, le travail se poursuit par l’élaboration d’un questionnaire construit après des recherches documentaires.

Le relais est ensuite pris par la journaliste, envoyée spéciale de la classe. Elle se démène pour parvenir à prendre contact avec l’eurodéputé, lui explique la démarche, le convainc d’accepter de la recevoir pour lui poser les questions des élèves. Les réponses sont enregistrées et publiées en version brute. Elles sont accompagnées de photos et de commentaires de la journaliste qui explicitent les coulisses du reportage. De la sorte, les classes découvrent le travail caché derrière chaque enquête et la valeur du travail journalistique. Élèves et enseignants construisent un processus pour se repérer dans la masse des sources informatives et pour trouver celles qui apportent une information de qualité, autant de réflexes indispensables pour se diriger vers et dans la vie active.

Paraskevi Foulon explique : « Pour donner un exemple concret, quand nos élèves adoptent la posture de rédacteurs en chef, dans leur collège à Paris avec un vrai journaliste grand reporter au Burkina Faso qui attend leurs sujets de reportage, ils sont obligés de se poser des questions : quelle information, pour quel public, sur quelle forme et de se partager le travail. Plus qu’un simple questionnement Quintilien, c’est une réflexion personnelle qui se met en place, car l’élève devient acteur de son projet. Il doit choisir son sujet et la manière dont il veut le traiter et en même temps c’est un projet d’équipe donc fédérateur où chaque élève peut trouver sa place ».

Les compétences des enseignants et celles des reporters sont complémentaires. Cette synergie permet des collaborations hybrides et l’émergence d’un modèle de coopération durable qui favorise également selon les objectifs :
– une éducation à la citoyenneté et aux enjeux sociétaux,
– une initiation à la solidarité internationale,
– une ouverture culturelle sur la Francophonie,
– un apprentissage de la construction européenne,
– la lutte contre la xénophobie, la fracture numérique, etc.

Hana, du lycée Cousteau à Wasquehal (59), accompagne la journaliste Sidonie HADOUX lors du reportage dans un Centre de Valorisation Énergétique © Globe Reporters

Une banque de ressources pédagogiques en libre accès

Au fil des années, des interventions plus ciblées ont vu le jour. Une équipe travaille sur la citoyenneté européenne et des campagnes se réalisent entre établissements de plusieurs pays.
En 2020, 4 « campagnes » Globe Reporters ont été réalisées et le projet a fédéré 150 enseignants, 100 classes, 31 journalistes, 2 800 élèves du secondaire et de l’élémentaire. Le nombre de classes pouvant participer à une correspondance à une campagne n’est pas illimité. Mais les ressources journalistiques collectées chaque année constituent une mine d’or accessible en libre accès. Se connecter sur le site et lancer une recherche permet de découvrir de multiples interviews brutes et originales, de les télécharger et de les exploiter pour des séquences ÉMI.

Pour Paraskevi Foulon, Globe Reporters se distingue d’autres projets ÉMI : « L’expérience Globe Reporters est très enrichissante pour les enseignants et les élèves. En tant que professeur-documentaliste cela nous permet d’affirmer notre posture pédagogique à travers un travail collaboratif, coconstruire et mettre en place des séquences pédagogiques interdisciplinaires et à la fin faire des productions diverses et ambitieuses (journal, blog, émission radio, webTV) avec le rayonnement de l’établissement que cela peut produire. Plus que cela, la rencontre avec le monde journalistique nous permet de se conforter aux représentations professionnelles du métier d’autrui : repérer les points de convergence (outils, démarches, objectifs) et les limites de chacun. »

 

Post Instagram d’une interview réalisée par des lycéennes accompagnées de la journaliste Sidonie HADOUX © Globe Reporters

 

Infox et écologie : comment lutter contre le climato-scepticisme ?

Institutions / Centres de recherche

Au premier rang des sources institutionnelles, on peut citer bien sûr le site du ministère de la Transition Écologique ( https://www.ecologie.gouv.fr/) qui, dans l’onglet « Climat et biodiversité », propose une infographie claire sur les liens entre réchauffement climatique et impact sur la biodiversité.
On peut y retrouver également le suivi des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat et les mesures proposées dans la loi Climat.
https://www.ecologie.gouv.fr/suivi-convention-citoyenne-climat/

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), créé en 1988 pour effectuer régulièrement un état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques liées aux changements climatiques, met en ligne les rapports complets qui détaillent et évaluent les causes, les répercussions et les stratégies possibles pour prévenir ou réduire les effets du réchauffement climatique, ainsi que des données en open source sur le climat http://www.ipcc.ch/
Mémo : Le GIEC et l’ex-Vice-Président des États-Unis, Al Gore, ont reçu le prix Nobel de la paix en 2007 pour leur contribution dans le domaine des changements climatiques.

L’ONERC (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique) met en ligne ses rapports d’activité, les données chiffrées des différents indicateurs de réchauffement ainsi qu’une base de données qui recense tous les travaux de recherche sur le sujet https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc

Météo-France donne accès à un grand nombre de statistiques sur le climat en France, une mine d’or pour travailler avec des lycéens sur les changements climatiques à partir des données brutes (en mathématiques ou en géographie par exemple), notamment avec le jeu de données MéteoNet https://donneespubliques.meteofrance.fr/
On peut également exploiter Climat HD, un ensemble d’animations et d’infographies sur l’évolution du climat qui permettent de comparer en un seul coup d’œil les données météo actuelles avec les tendances des prévisions climatiques au cours du XXIe siècle http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/climathd

L’Institut Pierre Simon Laplace est un institut de recherches en sciences de l’environnement qui regroupe plusieurs laboratoires scientifiques d’études et de modélisation du climat. Dans sa rubrique « Pour tous », on trouve des dossiers thématiques sur le climat, des exemples d’expériences pour étudier le cycle du carbone au collège et au lycée ( http://www.ipsl.fr/fr/Pour-tous/Espace-pedagogique), des références bibliographiques et des vidéos et animations documentaires sur les changements climatiques.

Temps forts

La Semaine du climat se déroule chaque année début octobre et est couplée avec la Fête de la Science. Les établissements scolaires sont invités à organiser des débats et des animations autour des enjeux scientifiques et sociétaux du changement climatique. Plus d’infos sur https://www.education.gouv.fr/la-semaine-du-climat-5390

Elle coïncide par ailleurs avec la Semaine Européenne du Développement Durable qui a lieu fin septembre. Retrouvez tout un catalogue d’actions réalisées à cette occasion sur le site de l’Agenda 2030, notamment en bibliothèques, ainsi que les visuels et les contenus des 17 objectifs du développement durable fixés par l’Unesco.
https://www.agenda-2030.fr/

Journée internationale de la Terre chaque année le 22 avril https://www.un.org/fr/observances/earth-day

Jour du dépassement de la Terre : estimée à début août en 2017 et 2018, au 29 juillet en 2019, au 22 août en 2020. Cette journée correspond à la durée annuelle (même si son mode de calcul est contesté par certains scientifiques) durant laquelle l’Humanité aurait consommé toutes les ressources que produit la planète par an, le surplus entamant les réserves sur le long terme. Un bon moyen d’éveiller les consciences en se faisant l’écho de cette date qui a tendance à arriver de plus en plus tôt dans l’année.

Expositions virtuelles et itinérantes

Cartooning for Peace : Dessine-moi l’écologie. Le dessin de presse mis au service de la prise de conscience écologique, une bonne manière d’allier EMI et Éducation au développement durable, grâce aux données chiffrées proposées par cette exposition qu’accompagnent des dessins de presse issus des quatre coins du monde. Prêt gratuit pour les établissements scolaires en partenariat avec chaque section départementale de la MGEN. https://www.cartooningforpeace.org/projetsfr/exposition-itinerante-dessine-moi-lecologie/

À acheter en complément de l’exposition : le livre qui regroupe tous les dessins de presse sur ce thème. Arthus-Bertrand, Yann, préfacier. Ça chauffe pour la planète ! : 60 dessins de presse. Gallimard Loisirs, 2018. Cartooning for Peace.

Deux expositions sont disponibles en versions PDF sur le site du ministère de la Transition Écologique et empruntables en expositions itinérantes (gratuit, frais de transport à la charge de l’emprunteur). Le climat change et Comprendre le changement climatique. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_plaquette_presentation_expositions.pdf

Plusieurs expositions téléchargeables en PDF sont proposées par l’Institut Pierre-Simon Laplace. Deux expositions pour les collégiens : Quel climat pour demain ? et Les glaces du Groenland : témoins et acteurs du changement climatique et une exposition pour les lycéens, Climat, eau, vie : la Terre, une exception dans l’Univers ?
https://www.ipsl.fr/Pour-tous/Les-expositions-telechargeables

L’ADEME en lien avec le Réseau Action Climat propose également des expositions itinérantes ou à télécharger en PDF.
https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/exposition-changement-climatique-2015-v2.pdf

Pistes pédagogiques

Dans le cadre de l’éducation aux médias et à l’information, on peut envisager une séquence pédagogique au CDI qui décrypte les différents discours sur le climat, notamment en comparant l’utilisation et le détournement des données statistiques dans les thèses climato-sceptiques. L’analyse de sites web et de discours de personnalités réfutant le réchauffement climatique peut donner lieu à une meilleure compréhension des notions de désinformation, de propagande et de manipulation médiatique. Un travail sur l’analyse critique des informations à faire en collaboration avec les enseignants de mathématiques, de SVT et d’histoire-géographie par exemple.

Utiliser les supports des Fresques du Climat (42 cartes) pour aborder sous la forme d’un atelier les liens de causes et de conséquences de l’impact humain sur le climat, et son aspect systémique. Ce travail peut être préparé en amont par des recherches factuelles sur l’un des aspects des changements climatiques et trouver comme finalisation la réalisation de la Fresque, ensuite exposée au CDI. https://fresqueduclimat.org/

La Semaine du climat début octobre peut être l’occasion de créer un temps fort dans l’établissement en faisant venir des expositions, des intervenants sur le thème du changement climatique, ainsi qu’en programmant des projections de films documentaires accompagnés de débats. On peut également penser à un forum associatif qui regrouperait des stands d’associations locales promouvant des initiatives d’engagement citoyen pour lutter contre le réchauffement climatique. La création d’un éco-club toute l’année et les réunions des éco-délégués peuvent permettre d’avoir un vivier d’ambassadeurs du climat dans l’établissement, qui relaient les informations et organisent des actions.

Il est possible de participer au Prix de l’Éducation pour le Climat qui récompense chaque année un projet pédagogique innovant en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Ce prix est organisé par le Forum International de la Météo et du Climat qui se tient chaque année à Paris début mai. Leur site propose par ailleurs des conférences en ligne sur ce thème.
https://forumeteoclimat.com/education/prix-education/

Autre possibilité : une participation au Concours Jeunes Reporters pour l’Environnement, ouvert aux jeunes de 11 à 25 ans. Il s’agit d’envoyer sur la plate-forme un reportage (article écrit, vidéo ou podcast au choix), qui traite d’un sujet lié aux objectifs du développement durable, et présente au moins deux acteurs de terrain apportant des solutions concrètes. Une façon de lier EMI et EDD. https://jeunesreporters.org/presentation/le-concours/

Dans les programmes

Synthèse sur l’éducation au développement durable dans les différentes disciplines du 2d degré https://www.education.gouv.fr/l-education-au-developpement-durable-7136

Texte de référence : Renforcement de l’éducation au développement durable – Agenda 2030. BO n° 36 du 24/09/2020. https://www.education.gouv.fr/bo/20/Hebdo36/MENE2025449C.htm

Collège

Les relations entre les humains et leur environnement sont traitées en :

Français et Arts : représentations de la Nature dans les domaines artistiques.

Histoire : les différentes phases des changements climatiques depuis l’industrialisation.

Technologie : les contraintes environnementales dans la conception d’un objet.

Géographie : la notion de développement durable abordée pour en mesurer l’impact sur l’organisation de la société.

SVT et EMC : la question de la responsabilité et de l’engagement pour défendre l’environnement.

Lycée

Seconde, SVT : impact des activités humaines sur leur milieu.

Seconde, Histoire-Géographie : thème « Sociétés et environnements : des équilibres fragiles ».

Première, Enseignement scientifique : rôle des activités humaines sur le climat.

Première, EMC : question des responsabilités individuelles et collectives dans les thématiques environnementales.

Terminale, Enseignement scientifique : les trois thèmes peuvent se rattacher aux enjeux climatiques thème 1 : «science, climat et société» ; thème 2 : «le futur des énergies» ; thème 3 : «une histoire du vivant».

Terminale, Spécialité Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques : thème consacré à « l’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire. »

Terminale, Sciences économiques et sociales : chapitre « Quelle action publique pour l’environnement ? »

Terminale, Langues vivantes : l’enseignement commun et de spécialité de 1re et de Tle comprend un axe d’étude intitulé «Innovations scientifiques et responsabilité».

Galerie des personnalités et essayistes climato-sceptiques

Les deux géophysiciens Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël.
Jean-Marc Bonamy, avec Réchauffement climatique : le pavé dans la mare. 2018
Christian Gerondeau. Climat, j’accuse. 2017 et Le CO2 est bon pour la planète : Climat, la grande manipulation, 2015.
Le physicien François Gervais : L’Innocence du Carbone, 2013 et L’urgence climatique est un leurre, 2018.
Du côté des hommes politiques : Donald Trump, Jair Bolsonaro (président du Brésil), Scott Morrison et Michael McCormack, respectivement Premier Ministre et Vice-Premier Ministre australiens.

À noter : lorsque l’on tape sur Google les mots-clés « livre réchauffement climatique », on trouve dans les premiers résultats une sélection proposée par « Apprendre par les livres » qui mélange essais fiables et un grand nombre de livres climato-sceptiques, notés « incontournable », « excellent », etc.

Sur la même problématique, à lire absolument :
Sénécat, Adrien. Comment la désinformation sur le climat se diffuse et se finance sur Youtube ? Le Monde. 17/01/2020
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/01/17/comment-la-desinformation-sur-le-climat-se-diffuse-et-se-finance-sur-youtube_6026186_4355770.html

Ressources numériques

Enquête de l’ADEME (= Agence de la Transition Ecologique) : 20e baromètre sur les représentations sociales de l’effet de serre et des changements climatiques. Octobre 2019. Cette étude permet de voir que la préoccupation environnementale augmente globalement dans l’opinion des Français, mais que la place du scepticisme sur l’opinion publique, notamment en ce qui concerne les causes du réchauffement climatique, reste présente pour un tiers d’entre eux.
https://www.ademe.fr/representations-sociales-changement-climatique-20-eme-vague

Sur le site Climate Chance.org, un portail de ressources, la Bibliothèque du Climat, renvoie à des rapports, ressources en open data, sites et infographies.
https://www.climate-chance.org/portail-action/bibliotheque-climat/
Le site donne également accès aux actes de la COP24 qui s’est déroulée en Pologne en 2018 : https://www.climate-chance.org/agenda/cop24/

Le portail de ressources pédagogiques et éducatives Eduscol comprend une rubrique complète et intéressante sur le changement climatique (dans Éducation au Développement durable)
https://eduscol.education.fr/1132/changement-climatique

Canopé propose un dossier en ligne, Sciences et Climat, qui regroupe plusieurs vidéos de chercheurs climatologues, dans un but de vulgarisation scientifique sur ce thème. https://www.reseau-canope.fr/cop-21/sciences-et-climat.html

Le site Réseau Action Climat propose des informations présentées sous forme de contre-argumentaires, en réfutant point par point des affirmations climatosceptiques erronées. https://reseauactionclimat.org/reponses-climatosceptiques/

Séminaire en ligne #BiblioCovid19 de l’ENSSIB : épisode 6 consacré au changement climatique. «J’ai vu un sanglier dans la rue : les bibliothèques et la transition écologique et solidaire». Réflexion sur les actions, médiations et projets à mener en bibliothèques et en centres de documentation autour de la littératie climatique. https://enssib.libguides.com/c.php?g=679447&p=4842911&preview=382ca0457ce71eff37010a7bda8e89ca Accès à la synthèse de cet épisode 6, via le blog de Raphaëlle Bats http://raphaellebats.blogspot.com/2020/10/synthese-episode7.html

Un site très intéressant à consulter : « Le climat en questions » propose des réponses de scientifiques et de chercheurs aux questions que l’on peut se poser sur les changements climatiques, l’évolution actuelle et future du climat, le fonctionnement du système climatique, l’observation des phénomènes climatiques. Chaque réponse renvoie à d’autres questions sur le même thème ou sur des thèmes connexes. On peut également tester ses connaissances à l’aide de quiz.
http://www.climat-en-questions.fr/

Sur Le blob, le portail de ressources scientifiques de la Cité des sciences et du Palais de la découverte, on retrouve un grand nombre de vidéos de scientifiques consacrées à la thématique du changement climatique avec les mots clés « réchauffement climatique » https://leblob.fr/recherche?keys=r%C3%A9chauffement+climatique&type=All&thematic=All&genre=All&public=All&accessibility=All

Documents audios

Podcasts

Gardette, Hervé. Les climatosceptiques, de Steve Bannon à Naomi Seibt, La Transition, France Culture, 27/02/2020. https://www.franceculture.fr/emissions/la-transition/les-climato-sceptiques-de-steve-bannon-a-naomi-seibt

Lagarde, Yann, A-t-il vraiment fait 20 degrés en Antarctique ? Les idées Claires, France Culture, 26/02/2020. https://www.franceculture.fr/environnement/a-t-il-vraiment-fait-20-degres-en-antarctique

Martin, Nicolas. Le réchauffement climatique est-il lié à l’activité humaine ? France Culture, 2018. https://www.franceculture.fr/ecologie-et-environnement/le-rechauffement-climatique-est-il-lie-a-lactivite-humaine

Réchauffement climatique : est-il déjà trop tard ? France Culture, 2019. https://www.franceculture.fr/ecologie-et-environnement/rechauffement-climatique-est-il-deja-trop-tard

Pour les 7-12 ans
Vidard, Mathieu, Sarfaty, Lucie, Weber, Romain. Olma, épisode 19 : Le climat et le réchauffement climatique. France Inter, 17/02/21. Durée : 13 minutes.

Filmographie

Documentaires

Borrel, Philippe. L’Urgence de ralentir, Arte éditions, 2014, 52 minutes.

Cuvelier, Franck. Vasselin, Pascal. La Fabrique de l’ignorance, Arte, 2020, 97 minutes. Sur l’agnotologie, la science qui étudie la « production d’ignorance » sous couvert de sciences instrumentalisée. https://www.arte.tv/fr/videos/091148-000-A/la-fabrique-de-l-ignorance/

Dion, Cyril. Demain. 2015. 2 h

Dion, Cyril. Après demain. 2018. 1 h 12

Gameau, Damon. 2040. 2019. 1 h 32

Gore, Al. Une suite qui dérange : le temps de l’action. 2017. 1 h 39

Medigue Hélène. On a 20 ans pour changer le monde. 2017. 1 h 26.

Noualhat, Laure. Guérin, Franck. Climato-sceptiques : la guerre du climat, 2014, 52 minutes.

Fictions

Devlin, Dean. Geostorm. 2017. 1 h 49

Emmerich, Robert. Le jour d’après. 2004. 2 h 04.

Zeitlin, Benh. Les bêtes du Sud sauvage. 2012. 1 h 32.

Série
L’Effondrement. (Canal +). Saison 1 en 8 épisodes. 2020.

Web-séries et vidéos en ligne

Data Science vs Fake : Le réchauffement climatique n’existe pas. 3 minutes. 2019.
https://www.arte.tv/fr/videos/089156-003-A/data-science-vs-fake/
Et aussi, Internet ne pollue pas ; Mesurer la perte de la biodiversité ; La fonte des glaciers fait monter les océans etc. Data Science vs Fake est une série de films d’animation conçue pour lutter contre les idées reçues et les fausses informations, en donnant les chiffres à voir grâce aux data visualisations. Une collection réalisée par Pascal Goblot, avec leblob.fr et France TV Éducation.

Reconnexion est une série Arte qui explique le lien entre deux choses qui n’ont à priori rien à voir : un papillon et un panneau solaire, une algue et l’œil, l’or et le changement climatique… Le lien, c’est bien évidemment les découvertes scientifiques. Dans chaque épisode, les chercheurs expliquent leurs travaux de façon très simple : un bon moyen d’éveiller la curiosité des élèves pour les métiers de la recherche, ainsi que pour la science en général. https://www.arte.tv/fr/videos/RC-017844/reconnexion/

Hugo Décrypte. La Théorie de l’effondrement. 2018, 1 vidéo : 4 min 32 s. https://www.youtube.com/watch?v=8gUhAq7SpZI

Ledit, Guillaume. Lanceurs d’alerte ou survivalistes sectaires : qui sont vraiment les collapsologues ? Usbek & Rica, 2019 https://usbeketrica.com/article/lanceurs-d-alerte-ou-survivalistes-sectaires-qui-sont-vraiment-les-collapsologues

 

Veille numérique 2021 N°2

écologie

Renaissance à la Cité des sciences

La Cité des sciences propose une exposition interactive à vivre en ligne chez soi ou au musée. L’expérience est plus collective à la Cité des sciences. L’exposition Renaissance fait participer le visiteur à trois scénarios d’aventure et d’anticipation écologiques. En 2023, vous intégrez un stage de survie dans la forêt. En 2029, il faut aider la population à la suite d’un effondrement écologique. En 2045, toujours à la suite d’un effondrement, vous participez à la reconstruction du monde d’après en préservant l’environnement. Les trois expériences sont accompagnées d’un décryptage scientifique. Un ouvrage prolonge cette expérience : Renaissances, 6 histoires qui réinventent le monde chez Syros.
https://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-temporaires/renaissances/

Réchauffement climatique vu par Google Earth

La nouvelle extension Timelapse de Google Earth permet de visualiser les évolutions de la terre depuis 1984 tels que les effets du réchauffement climatique (recul des glaciers, avancée des déserts), les incendies, les déforestations (Amazonie), l’expansion urbaine… 290 vidéos de différents lieux ont été mises en ligne sur Youtube. L’extension a été développée en partenariat avec la NASA et l’agence spatiale européenne.
https://www.youtube.com/playlist?list=PLLW-qoCMKQsyf26po-pZ_EJzPqk9Oqqn9

Appli Seek pour la nature

L’application Seek identifie les animaux et les plantes par la simple prise d’une photo. Cela est possible grâce à la base de données iNaturalist alimentée par des bénévoles et fonctionnant à l’aide d’un algorithme d’apprentissage automatique. Il suffit de prendre une photo et l’appli reconnaît l’espèce. Quelques erreurs parfois mais, en cas de doute, l’outil propose l’option “Passer”. Connaître les espèces qui nous entourent, une étape essentielle pour respecter la nature.

Moteurs de recherche verts

Ces dernières années, les moteurs de recherche écologiques tels que Ecosia, Lilo ou Ecogine intéressent de plus en plus les internautes. L’objectif des organismes ayant créé ces outils est de réduire l’empreinte carbone des usagers par des actions en faveur de l’environnement. Néanmoins, dans les faits, ils fonctionnent avec Google, Bing ou Yahoo et donc polluent en utilisant des datacenters. Ces trois moteurs de recherche financent des projets pour la préservation de la nature grâce aux revenus de la publicité. Ecosia finance des programmes de plantations d’arbres. Lilo soutient des actions humanitaires ou environnementales en laissant la possibilité aux usagers de sélectionner les projets solidaires. Ecogine reverse ses bénéfices à des associations environnementales choisies selon un vote régulier des internautes
https://www.ecosia.org/
https://www.lilo.org/
https://ecogine.org/

Alba jeux écolo

Les périodes de confinement successives ont bénéficié au secteur du jeu vidéo. En cas de nouveau confinement, pour se détendre avant un retour possible dans la nature, le jeu Alba propose une aventure écologique pour tous les âges. L’objectif est d’aider la jeune Alba dans son combat pour sauvegarder la faune et la flore de son île espagnole. Disponible sur PC et consoles. Bonus : pour tout téléchargement du jeu, un arbre est planté !
https://www.albawildlife.com/

Les mardis verts

Afin de vous aider dans le quotidien, Greenpeace envoie des conseils pratiques tous les mardis dans votre boîte mail. Vous recevrez des informations utiles, des explications sur des sujets à priori complexes, des anecdotes intéressantes, des idées écoresponsables et des actions citoyennes pour l’environnement.
https://www.greenpeace.fr/newsletter-les-mardis-verts/

Reconditionnement par Back Market

La start-up française, Back Market, numéro un du reconditionnement en France, “veut devenir l’Apple du reconditionné” selon son co-fondateur, Vianney Vaute ! La société a pour ambition d’être le leader mondial du reconditionnement de tous les appareils électroniques (téléphones, ordinateurs, etc.). En raison d’un pouvoir d’achat en baisse, la crise sanitaire a favorisé l’acquisition par les usagers d’appareils reconditionnés et l’augmentation du nombre de points de collecte. Pour un réel impact écologique, la réparation est probablement plus efficace que le recyclage.

Transition numérique des monnaies locales

Les monnaies locales complémentaires présentes dans le paysage français depuis environ une dizaine d’années commencent à passer au numérique via des applications mobiles pour les paiements. Les MLC regroupent aujourd’hui près de 40 000 particuliers, 10 000 entreprises ou associations et 13 000 communes. Cela représente environ 5 millions d’euros. L’utilisation de ces monnaies favorise la consommation de produits locaux et/ou bios.

éducation

Opération Molière

Dans le cadre du 400e anniversaire de la naissance de Molière, l’Association Nationale de Recherche et d’Action Théâtrale propose l’Opération Molière. Cette action se traduit par la mise à disposition de ressources vidéo en ligne, de liens vers des dossiers pédagogiques ou de sites partenaires, de séquences produites par l’ANRAT et d’outils ludiques et pédagogiques. Des journées de formation pour les enseignants sont prévues. Cette initiative durera jusqu’en 2022.
http://operati.cluster030.hosting.ovh.net/

Cyrano

Cette nouvelle plateforme de captations vidéo d’œuvres théâtrales est en accès libre pour les enseignants. Ces œuvres intégrales sont accompagnées de ressources pédagogiques (interview, extrait, dossier…). Inscription au site avec son mail académique et un mot de passe. Ce catalogue très riche a été produit par Théâtral magazine en partenariat avec Théâtre en acte, Réseau Canopé, ANRAT et Theatre-contemporain.net.
https://www.cyrano.education/home

Lecture numérique

Ellipsa de Kobo : lecture et notes

Kobo lance un nouvel appareil hybride qui fait office de liseuse et de carnet de notes. Grâce à cette liseuse, prendre des notes pendant la lecture est désormais possible. Les plus, au niveau technique : formats EPUB et PDF acceptés, connexion Bluetooth possible, exports des notes en Word, TXT ou HTML, seize langues, stylet efficace, technologie ComfortLight (lecture de nuit). La taille de l’écran est de 10,3 pouces avec une résolution de 1872×1404 pour 227 ppi. D’autres marques ont déjà sorti des modèles sur le même principe : reMarkable 2 et Onyx Boox Note Air.

Wattpad WEBTOON Studios

Wattpad regroupe une communauté très importante d’auteurs et de lecteurs de fictions. WEBTOON est une plateforme de bande dessinée numérique coréenne très populaire, adaptée à la lecture sur smartphone. Ces deux géants de fictions numériques ont fusionné, afin de créer un studio multi-formats (émissions TV, films, ouvrages…) dans le but de satisfaire les fandoms (communautés de fans).

Droit et données personnelles

ARCOM : fusion du CSA et de HADOPI

La création de la nouvelle instance de régulation de la communication audiovisuelle et numérique consacre la fusion entre le CSA et la HADOPI depuis le 23 juin 2021. Cette nouvelle entité a pour prérogative la protection du droit d’auteur sur la toile, principalement des productions audiovisuelles et cinématographiques et, plus largement, des œuvres culturelles. L’ARCOM est chargée de lutter contre le piratage, la désinformation, la haine en ligne et d’assurer la protection des mineurs.

PimEyes – Reconnaissance faciale pour tous

Cet outil de reconnaissance faciale est ouvert gratuitement à toute personne désirant rechercher des images de soi sur internet. L’objectif affiché du site est de protéger le droit à l’image des personnes. Néanmoins, rien n’empêche l’utilisateur de traquer d’autres personnes en téléchargeant une photo. De plus, avec un abonnement payant, les résultats sont illimités, les images sont de meilleure qualité et d’autres fonctionnalités sont disponibles pour affiner les résultats. Selon la société, les images téléchargées par les usagers sont supprimées au bout de deux jours !
https://pimeyes.com/en

Espionnage informatique

L’affaire Pegasus (logiciel espion de la firme israélienne NSO), révélée par Forbidden stories (réseau de journalistes), n’est que la partie émergée des activités de l’industrie des logiciels espions. Ce marché florissant bénéficie d’une grande demande (états, autocrates, firmes…) et d’un vide juridique en droit international sur la légalité de l’espionnage en “temps de paix”. Pour ne rien arranger, la course à l’innovation à laquelle se livrent les GAFAM conduit à un moindre investissement dans la sécurité des logiciels.
https://forbiddenstories.org/fr/

Technologie

Extensions communes aux navigateurs

Les quatre géants des navigateurs Web (Apple, Google, Microsoft et Mozilla) s’associent au sein d’un groupe de travail dans l’organisme W3C, afin d’uniformiser leurs extensions. Il s’agit de créer une plateforme commune qui regroupera toutes les extensions. Celles-ci devront respecter des règles uniques relatives à la compatibilité, la sécurité, la portabilité, la performance et, étonnamment, à la protection des données personnelles. Cette initiative facilitera le quotidien des utilisateurs et des développeurs.

Windows 11

La nouvelle version du système d’exploitation de Microsoft va être déployée fin 2021. Les améliorations de Windows 11 : menu simplifié et centré, plus adapté aux écrans tactiles, fil d’informations sur la partie gauche de l’écran, possibilité de diviser son écran en deux ou trois zones, applications Android acceptées. Il sera possible de convertir gratuitement les ordinateurs équipés de Windows 10.
 https://www.microsoft.com/fr-fr/windows/windows-11

No future…

Clearview AI – Reconnaissance faciale pour la police

Spécialisée dans la reconnaissance faciale, cette société américaine a téléchargé des milliards de photos d’individus sur le net. Cette discrète petite entreprise vend ses services aux forces de l’ordre américaines et peut-être à d’autres… Plusieurs pays dans le monde enquêtent sur les pratiques de Clearview AI. Sans surprise, le RGPD de l’UE n’a pas l’air d’être respecté. De leur côté, Google, Facebook et Twitter ont mis en demeure la start-up de mettre un terme à l’aspiration des images sur leurs sites.

Chantage à la critique

De plus en plus d’auteurs se voient proposer de mettre en ligne sur divers sites des critiques positives de leurs ouvrages par des sociétés spécialisées. Aux USA et au Royaume-Uni, un pas a été franchi avec un chantage au retrait ou à la non publication d’une critique négative contre rémunération. En France, selon le réseau Babelio, pour le moment, seules les critiques promotionnelles ou exagérément positives sont modérées.

Vente de mèmes

Ces images ou vidéos virales sur le net (souvent drôles) prennent de la valeur à en croire les dernières ventes. Le célèbre « Charlie bit me ! » a été adjugé à 623 000 € en mai 2021. Ces mèmes sont vendus sous la forme de jetons non fongibles c’est-à-dire en NFT (technique utilisée par les cryptomonnaies). Posséder une version originale devient de plus en plus populaire à tel point que de nombreuses personnes figurant sur ces mèmes se mettent à les vendre en NFT. Attention à la bulle spéculative !
 https://www.charliebitme.com/#/auction/39

 

Agir pour la transition écologique depuis le CDI

« Affirmation du rôle fondamental et continu de l’éducation au développement durable, du primaire jusqu’au lycée », « Élargissement des missions du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté au développement durable »1… Ainsi formulés, les titres des deux premiers articles du projet de loi climat et résilience confirment la centralité de l’éducation au développement durable (EDD) dans les préoccupations écologiques nationales. Plusieurs mois avant la remise des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, la circulaire de rentrée du 28 août 2019 réaffirmait déjà la volonté du ministère de l’Éducation nationale de renforcer la place de l’EDD, quinze ans après son apparition en 2004 dans les textes officiels. Soulignée dans les programmes et adossée aux Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, la place du développement durable s’y voit aussi renforcée dans les attendus liés aux compétences des élèves. La commande d’une élection d’éco-délégués dans chaque établissement par notre ministère de tutelle est la mesure phare de ces dispositifs.
En parallèle de ce cadre national, des initiatives locales fleurissent dans de nombreuses écoles, collèges et lycées depuis plusieurs années, même si les situations restent très inégales selon les territoires, les équipes et les spécificités de chaque établissement. Dans les projets de ces EPLE, il est fréquent qu’une dynamique plus horizontale s’instaure, entre équipes éducatives, associations et divers acteurs des collectivités territoriales. En quête d’une plus grande sobriété à l’échelle locale, plusieurs de ces initiatives s’inscrivent en cela dans une dynamique dite « de transition », en référence au concept des « transition towns » développé par Rob Hopkins2.
Attendue par l’institution, visible sur le terrain, le renforcement de l’EDD semble tout indiqué pour que l’écologie se taille une place de choix dans des CDI verts annoncés par ce numéro d’InterCDI, tant pour la pédagogie que la gestion du fonds. Nous n’aborderons que peu cette dernière mais il est important de souligner que depuis bientôt dix ans, l’« écolije » connaît une progression exponentielle3. Malgré ces conditions favorables, comme pour nos collègues de discipline, l’enchaînement des confinements et l’adaptation de nos pratiques pédagogiques au distanciel mais aussi plus spécifiquement la nécessité de repenser la gestion des CDI en termes sanitaires sont particulièrement sollicitants. En parallèle, l’importance de réaffirmer nos missions en ÉMI au sein des équipes, conjugué au manque de formation spécifique sur la question complexe du climat rend bien légitime le sentiment pour certains collègues de ne pouvoir s’emparer pleinement du sujet.
Face à ce constat et à l’urgence d’accompagner au mieux nos élèves sur le chemin de la transition, une position intermédiaire existe. Elle consiste à observer à quel point nos missions rejoignent les attendus de l’EDD et d’un accompagnement au changement climatique, et dans quelle mesure nos positionnements professionnels nous facilitent la tâche en tant qu’enseignants-documentalistes pour passer à l’action en termes de transition écologique dans les EPLE. Ce faisant, nous espérons montrer que la diversité de nos occupations comme la capacité d’adaptation requise par notre profession sont autant d’atouts face au défi que constitue la préparation de nos élèves aux changements de tous ordres qui se profilent.
Que ce soit – comme nous allons le voir – au sujet de l’ÉMI, de notre posture professionnelle ou de l’autonomie de nos élèves, nos missions sont traditionnellement à la croisée entre gestion, ouverture culturelle et pédagogie. C’est surtout ce dernier point que nous approfondirons ici. Les trois aspects de notre profession restant en constante corrélation, des liens vers ce que pourrait être un fonds « en transition » et des exemples de partenaires compétents sur la question seront régulièrement tissés.
Enfin, les lignes qui suivent émanent principalement d’expériences menées en partenariat avec mes collègues professeurs documentalistes. En premier lieu avec les élèves du lycée Paul Éluard de Saint-Denis (93) entre 2015 et 2019 et Jorge Pardo (SVT). Et, depuis, avec ceux du lycée Renaudeau de Cholet (49) et mes collègues de SVT et d’histoire-géographie. Ces remarques se fondent également sur des observations plus transversales réalisées lors de formations ou d’accompagnements d’établissements en démarche de développement durable (E3D) depuis 2016, avec le groupe académique « Jardins de Créteil » et le programme « lycée éco-responsable » de la région Île-de-France, ainsi qu’à l’INSPÉ de Nantes depuis 2017.

Éduquer aux médias et à l’information environnementale. EMI et EDD, partenaires dans la formation de l’esprit critique : le cas du climato-scepticisme

Agir pour le climat avec les collègues de sciences : l’opportunité des nouveaux programmes

Depuis l’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, une très forte attente sociétale porte sur l’ÉMI. Peu après, l’élection du Président Trump et le recours très médiatisé de son gouvernement aux fake news ont alerté sur l’importance de la formation de l’esprit critique des citoyens, notamment chez les adolescents. Dans ce contexte, la place du professeur documentaliste est en perpétuelle redéfinition. Poser la problématique climatique comme sujet d’ÉMI n’est pas totalement inédit4. Les opportunités qu’elle propose, comme nous allons le voir, lui permettre d’affirmer sa position de spécialiste de l’information et des médias et d’améliorer son traitement dans nos établissements.
Parmi les fausses nouvelles relayées par la Maison Blanche sous le mandat de Donald Trump, on compte plusieurs déclarations en lien avec l’enjeu climatique et la négation du changement en cours. De façon générale, les grands principes du climato-scepticisme sont parsemés de fausses nouvelles relativement accessibles pour nos élèves. Ils permettent d’aborder également la notion de complot avec laquelle ils partagent de nombreux aspects tels que l’angoisse et la déresponsabilisation de ceux qui y adhèrent, ainsi qu’une simplification extrême de sujets très complexes. Le traitement du climato-scepticisme comme objet d’ÉMI permet également de s’inscrire dans les nouveaux programmes. Après s’être longtemps cantonnée aux progressions de SVT et de géographie, la question climatique a vu sa place se renforcer lors de la réforme du lycée. Elle concerne dorénavant tous les élèves de terminale générale dans le cadre de l’Enseignement scientifique (ES). Le thème 1 « Science, climat et société » offre une porte d’entrée idéale pour participer à la formation à l’esprit critique de nos élèves. Parmi de nombreuses pistes d’exploitation, une progression mêlant recherche documentaire, argumentation et apports scientifiques. C’est le sens du projet « Climato-scepticisme » mené à quatre voix cette année au Lycée Renaudeau avec deux enseignantes de SVT et ma collègue professeur documentaliste. Pour concevoir la production attendue – une vidéo de trois minutes argumentée déconstruisant un argument climato-sceptique – une séquence de six cours nous a amenées à travailler les principes de fiabilité de l’information et de construction de l’argumentation en plus des apports scientifiques.

Éduquer aux QSV : outils et ressources pour une éducation à l’information environnementale

Lors de ces séances dédiées au climato-scepticisme, nous avons abordé le thème des « questions socialement vives » (QSV) à plusieurs reprises. Et pour cause, puisque cette catégorie regroupe les objets de débat ou d’incertitudes n’ayant pas de solution univoque et qui implique de nombreux acteurs (recherche, médias, société, éducation). Malgré les différents rapports du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les modalités du changement climatique sont fréquemment remises en cause et cette question compte donc bien parmi les QSV, comme les discussions autour du brevetage du vivant ou plus récemment de la nécessité des confinements par exemple. Pour aborder ces objets de débat très complexes, la Cartographie de controverses, développée par le sociologue Bruno Latour a fait ses preuves5. Elle consiste à dresser un état des lieux des différents avis des protagonistes à l’origine d’une controverse ainsi que de leurs relations. Cette méthode est très fructueuse pédagogiquement. L’élève peut grâce à elle se placer en observateur éclairé et exercer son esprit critique en questionnant l’idée d’expertise, sans toutefois avoir à trancher. Utilisée par plusieurs collègues à l’époque des TPE, présentée au PAF de l’académie de Créteil, la Cartographie des controverses est plus que jamais d’actualité pour traiter des nouveaux programmes du lycée. Elle est très efficace pour rendre compte de la complexité des questions environnementales dans les enseignements. Le travail documentaire particulièrement fin à réaliser par l’élève nécessite l’expertise du professeur documentaliste en ÉMI pendant toute la phase de recherche, ainsi qu’au moment de l’évaluation. Ainsi déroulée, la question des enjeux climatiques dans le programme d’Enseignement Scientifique constitue par ailleurs une belle entrée vers le Grand Oral (GO). Pour le choix du sujet tout d’abord, puisque la controverse donne à la question un angle particulièrement adapté à l’exercice du GO mais aussi pour la performance en elle-même. En effet, pour présenter leur cartographie, les élèves peuvent par exemple s’entraîner à rejouer les acteurs des controverses, chacun travaillant, par ce rôle, non pas sa propre opinion, mais les aspects rhétoriques de l’argumentation.
L’étude des QSV environnementales constitue donc un levier important de formation de l’esprit critique des élèves. Elle est aussi un parfait cas d’école d’ÉMI, où plusieurs de nos missions peuvent être exploitées en partenariat avec les collègues de sciences et d’histoire-géographie. Les sujets étudiés faisant, par définition, l’objet de controverses, les élèves peuvent être confrontés à des images choquantes ou à des sites affichant un prosélytisme avancé. Aussi une pré-sélection des sources représente une solution prudente engageant fortement le professeur documentaliste à tenir une activité de veille sur la question. Plus qu’aucun autre, le changement climatique et les processus de transition sont un sujet pluridisciplinaire. En parallèle, ceci induit qu’aucun enseignant de discipline n’est spécialiste de la totalité des questions environnementales et qu’elles mettent en lumière les bienfaits de la co-intervention, comme nous le reverrons plus loin. Ce chemin à accomplir vers la compréhension des mécanismes du changement climatique présente un autre avantage. Il nous remet peu ou prou dans la posture de l’apprenant, ce qui est toujours intéressant au sujet des QSV pour la relation pédagogique.
Plus concrètement, vers qui se diriger en premier lieu et quelles lectures conseiller à nos élèves et acquérir pour notre fonds ? Les rapports du GIEC restent, s’ils sont la somme absolue sur la question climatique, très difficiles d’accès pour le non-spécialiste. Il est toutefois très intéressant de faire survoler ces documents aux élèves pour attester de l’existence de ces études, dont le bien-fondé est décrié par les climato-sceptiques. Pour des lectures plus faciles d’abord, on se tournera vers les publications de Jean Jouzel (Le climat de la France au XXIes., Quel climat pour demain ?) et Valérie Masson-Delmotte, deux auteurs incontournables en termes de vulgarisation climatique. Sur les réseaux, certaines vidéos tournées par Jean-Marc Jancovici et son organe de diffusion, le Shift Project sont accessibles pour des lycéens, tout comme celle de l’excellent YouTubeur Léo Grasset, auteur de la chaîne DirtyBiology, qui pourra servir pour de très nombreuses études de QSV scientifiques. Nécessaire à l’étude de controverses, la recherche de sources désapprouvant la réalité climatique est plus ardue de prime abord. On trouvera assez vite de quoi alimenter la séquence en réalisant une recherche avec les termes « réchauffiste », « église de climatologie » ou malheureusement « Greta Thunberg » puisque la jeune femme continue de faire l’objet d’un « Greta-bashing » de la part de ses détracteurs. Enfin, les diverses publications de lobbys agricoles qui arrivent – parfois en plusieurs exemplaires – dans nos CDI peuvent être utilisées dans ce cadre. Elles sont des sources précieuses pour les études de QSV liées aux questions de transition écologique et de très beaux cas d’école rhétoriques à propos de l’alimentation biologique, de la question des semences libres ou de l’usage des pesticides.
Éduquer à la complexité, créer des séquences où la qualité des sources est au centre des apprentissages, accompagner les élèves dans la formation de leur esprit critique face à ces dernières sont autant de missions qui rejoignent celle de l’ÉMI, comme nous venons de le voir. Pour avancer efficacement en équipe sur ces sujets complexes, le pan « ouverture culturel » de nos missions peut aussi être sollicité. L’association « La Fresque du Climat », fondée par des proches de Jean-Marc Jancovici, spécialistes de ces questions, intervient dans les établissements scolaires. L’animation consiste en un vaste jeu de cartes à remettre en place pour dessiner les causes et les conséquences du changement climatique. Elle est assurée par des membres de l’association, qui peuvent expliquer le contenu des cartes et les phénomènes physiques et humains en cause. D’abord assez technique, la Fresque officielle s’adresse aux étudiants et aux lycéens mais une version simplifiée existe pour les élèves les plus jeunes, dès la primaire. Point important, chaque séance est clôturée par un moment de « météo intérieure », où les participants expliquent leur ressenti face à ce qu’ils viennent de comprendre. Un temps que nous n’avons souvent pas l’occasion de prendre lors des séances d’ÉMI sur des sujets plus classiques mais qui a un rôle-clef dans la vision d’un CDI comme point de repère pour les élèves souffrant de l’angoisse suscitée par ces questions, comme nous allons le détailler.

Accompagner le changement de posture : le CDI comme lieu d’action climatique

Après cette présentation de certains des contenus pédagogiques possibles pour un CDI « en transition » où l’ÉMI et l’EDD se rencontrent, nous souhaitons nous concentrer sur une seconde catégorie d’actions. Elles concernent la façon de contribuer à accompagner nos collègues et nos élèves vers le changement de posture que nécessite l’adaptation aux modifications du climat, en cultivant des compétences transversales bien connues de notre profession.

Accompagner l’EPLE : le CDI, lieu de convergence pour l’environnement

La première de ces actions vise à encourager la communication au sein des équipes. Parfois débordante ou au contraire complexe, voire inexistante pour des raisons propres à chaque établissement, la qualité des échanges entre les disciplines est un point-clef de toute action d’envergure dans un EPLE. La question de la transition n’y déroge pas et il est donc tout à fait possible de s’inscrire dans le cadre d’une politique de l’EDD à l’échelle de l’établissement comme nous avons l’habitude de le faire pour l’ÉMI, l’ouverture culturelle ou la prise en charge des élèves en difficulté. Ainsi, il est aisé de proposer des expositions dans le CDI grâce à de nombreuses structures ressources (AFD, LPO, ONF, agences régionales de la biodiversité, associations locales …) dont certaines mises à disposition par les ateliers Canopé. Les mêmes acteurs peuvent être de sérieuses ressources quant à l’enrichissement de nos fonds. L’entraide entre professeurs documentalistes est également à favoriser, la transition étant un cas d’école de pluridisciplinarité, et peut grandement bénéficier de la richesse de nos profils. Pour ce faire, l’usage d’outils collaboratifs et libres de droit semble une solution cohérente pour rester en phase avec le sujet (voir par exemple la « Bioblio » : https://framacalc.org/bioblioeedd).
Pour passer à l’échelle supérieure, l’organisation de journées ou de semaines liées aux problématiques dites « de transition » constitue un bon moyen de fédérer les équipes. Plusieurs rendez-vous annuels concernant le climat, les déchets, la biodiversité existent et sont répertoriés dans le précieux agenda de Docs pour docs (http://www.docpourdocs.fr/spip.php?article520). Sur une journée, une projection suivie d’un débat avec différents collègues de discipline peut s’avérer une solution intéressante. Nous sommes nombreux à avoir projeté le documentaire Demain en nous appuyant sur le riche dossier pédagogique conçu par l’équipe du film. Depuis, ce format de documentaire encourageant le changement a fait recette. Parmi les sorties récentes, on peut recommander le film Douce France dont l’équipe propose des projections et des débats avec les élèves. Si le choix d’une semaine complète est possible, une Semaine de la Transition telle qu’organisée au Lycée Renaudeau fournit un exemple, faisant intervenir des partenaires locaux (CPIE Loire Anjou, Association Zéro Waste Cholet, etc.) et des personnalités liées de près ou de loin au lycée et à sa région (dessinateur de bande-dessinée, naturaliste ou une intervenante de l’association Point de M.I.R – spécialisée en pollution numérique – originaire de la région.). Pour ce faire, les démarches sont les mêmes que pour n’importe quel événement récurrent dans les CDI. À la différence près que la question de la sécurité des élèves risque d’être plus régulièrement soulevée, lorsqu’il est question d’alimentation, de manipulation de végétaux ou de bricolage. Le recours à des acteurs agrémentés par le Ministère est un bon moyen de contourner cette difficulté. Avec l’appui non négligeable de grands acteurs de l’animation nature qu’il est possible de découvrir très facilement via le réseau FRENE (jusqu’à il y a peu REN) et celui des GRAINE régionaux qui regroupent les différents intervenants de chaque territoire, proposent des formations de terrain, etc.
La participation aux rendez-vous de l’établissement en termes d’EDD, importante pour faire du CDI un lieu ressource, peut par ailleurs permettre d’obtenir un label du Rectorat ou de la région (label « lycée éco-responsable » de la région Île-de-France par exemple). L’implication d’un grand nombre d’acteurs de l’établissement est l’un des critères d’évaluation dans les dossiers de labellisation et celle du CDI est attendue par les jurys. Sans octroyer plus de moyens matériels ou humains aux équipes pour le label académique (ceux des collectivités fonctionnent différemment), ces certifications permettent de valoriser le travail des équipes et des élèves. Ainsi que de monter des dossiers de financement pour des projets plus facilement auprès d’autres partenaires. La nouvelle labellisation de territoire, elle, implique que le lycée ou le collège travaille avec d’autres établissements de son secteur sur la thématique EDD. Elle encourage à travailler les liaisons inter-degrés. On connaît l’implication des professeurs documentalistes dans ce domaine, que ce soit du point de vue de l’accueil des CM2, des séances de préparation aux attentes de recherche du supérieur ou, et ce n’est pas le moins, de l’orientation. Dans ce cadre, les thématiques liées à la transition écologique peuvent aussi être un fil rouge – ou vert ! – pour accueillir les nouveaux élèves, sensibilisés dès le premier degré pour le collège, ou au collège pour le lycée, faisant du CDI un lieu repère et sécurisant sur cette question.

Grainothèque

Accompagner les élèves : de l’éco-anxiété aux éco-délégués

Car c’est ici sans doute l’enjeu le plus important de cette action du professeur documentaliste. Celui de contribuer à créer un espace refuge pour accueillir les questionnements et les angoisses de nos élèves sur ces sujets. En plus de mon expérience avec mes propres élèves, j’ai eu la chance de participer à plusieurs réunions, aux niveaux régional et académique, où des élèves étaient invités à parler de leur sentiment vis-à-vis du changement climatique. Si chaque expérience est unique, on peut tout de même classer ces témoignages en deux grandes catégories, indépendantes du niveau d’étude ou du contexte où ces opinions s’expriment. La première englobe les adolescents ressentant des sentiments allant de l’inquiétude à la terreur face à ces questions. La seconde, ceux qui vont du ras-le-bol face à ce qu’ils estiment être trop abordé dans leur cours au déni pur et simple, que l’on pourrait qualifier de climato-sceptique. Dans les deux cas, les discours de ces élèves sont le fruit d’une même émotion : la peur mêlée d’incompréhension. En effet, beaucoup d’élèves ne reçoivent pas d’accompagnement au changement climatique dans leur famille, par manque de ressources conceptuelles, leurs parents ayant peu étudié le sujet à l’école, ou craignant de trop les inquiéter. Sans surprise, la réaction des élèves témoigne du mouvement inverse et l’« éco-anxiété » s’installe.
Pour pallier cette situation très dommageable pour le développement psychique de nos élèves (ainsi, une étude américaine publiée dans le magazine américain Strife montre que des 10-12 ans souffraient déjà d’éco-anxiété en 2012), le recueil de la parole des jeunes est primordial et peut se faire de nombreuses façons au CDI. Comme sur d’autres sujets les impliquant émotionnellement – le harcèlement scolaire ou le deuil par exemple – on peut demander aux élèves de produire des avis sur des fictions ou des documentaires abordant ces questions. En parallèle, la réalisation de revues de presse à échéance plus ou moins régulière, qui permettent de découvrir des médias concernés (Reporterre pour la presse numérique, S!lence ou Les 4 saisons du jardin bio par exemple en presse papier) et d’exploiter notre fonds de périodiques sous l’angle écologique. En plus des revues naturalistes, les magazines Science et vie Junior, Okapi ou Causette, parmi de nombreux exemples, proposent des rubriques dédiées. La participation, voire l’accueil de certains clubs s’ils existent dans l’établissement (club nature, club climat, ateliers zéro-déchet) peut constituer un autre levier d’implication pour le professeur documentaliste. Là encore, la co-intervention, à laquelle nous sommes très certainement les personnels enseignants les plus habitués, est de mise pour offrir des interlocuteurs différents aux élèves qui souhaitent en discuter.
Intervenir à plusieurs auprès des élèves est très utile pour le chantier le plus récent sur ces questions : l’accueil des éco-délégués. Mis en place à la rentrée 2019, ce dispositif a fait l’objet d’une très forte incitation ministérielle et académique et des milliers d’éco-délégués ont été élus un peu partout en France. Le manque de directives explicites pour leur formation est, comme pour l’ÉMI à ses débuts, à la fois un facteur limitant et un moteur. Sans que des heures soient libérées pour cela, et que l’offre de formation des enseignants reste encore assez faible (à noter, un parcours Magistère existe depuis la rentrée 2020), ce dispositif est une opportunité pour fédérer autour de la question climatique et libérer la parole des élèves. Lors des premiers ateliers organisés en co-intervention avec un collègue d’histoire dans un établissement rural, les séances hebdomadaires commençaient toujours par un tour de table en réponse à la question « qu’ai-je entendu à propos du climat et des problèmes environnementaux cette semaine ? », puis un second tour consacré à « qu’ai-je ressenti face à ces nouvelles ?».
Livrer des émotions aussi difficiles à avouer que l’angoisse ou la peur ne peut se faire que dans un contexte et un lieu considéré comme bienveillant. Ceci nous a amenés en 2019-2020 à choisir le CDI où en anticipation dès la rentrée, une part de mon bureau était réservée aux dépôts d’objets ou de végétaux. Glanés dans les environs, ces éléments contribuaient à une « éducation à l’environnement par l’approche sensible », selon les mots d’Édith Planche, et étaient destinés à initier un dialogue léger et rassurant sur la nature. Dans un lieu apprécié, accompagnée par deux enseignants considérés comme bienveillants, la parole s’est libérée tout au long de l’année, jusqu’au confinement. Au retour des élèves, il a ensuite été bien plus aisé de remettre en place un espace de parole pour aborder les sentiments ressentis pendant ces huit semaines. Les liens entre la pandémie et la destruction des écosystèmes sont très rapidement arrivés dans ces conversations, à l’initiative des éco-délégués. Ils sont revenus dans le débat lors de séances de « déconfinement » conçues avec l’infirmière scolaire après le 11 mai, ancrant nos élèves dans le réel de ce qu’ils vivaient.

Agir au CDI en faveur de la reconnexion à la nature. Vers de nouvelles missions pour le professeur documentaliste ?

Les lignes qui précèdent se sont attachées à décrire deux actions à mener pour un CDI vert. La première concernait les contenus en ÉMI et il est ressorti que l’étude des controverses climatiques et celle des complots avaient beaucoup en commun et que nous détenions donc une expertise à mettre à disposition des élèves et des équipes. Nous aurions pu y ajouter la lutte contre le greenwashing qui rejoint celle que nous menons contre la désinformation, notamment sur les réseaux sociaux6. La seconde action coïncide avec le pan d’ouverture culturelle de nos missions en exploitant les représentations positives du CDI pour en faire un pôle d’écoute et d’échanges autour de la question climatique et de l’éco-anxiété. Elle rejoint plus généralement le concept du care, à savoir le soin que nous portons à tout ce qui nous entoure pour tenter de maintenir et de « réparer » notre monde7. Ces propositions sont loin d’être d’exhaustives mais présentent l’avantage de reposer sur des compétences professionnelles que nous déployons déjà dans notre profession.
Au titre de cette ouverture, il me reste une troisième catégorie d’action à présenter, en apparence plus éloignée de notre quotidien de professeur documentaliste. Elle entre dans le contexte de la « classe dehors ». Ce dispositif vise à enseigner en extérieur de façon régulière, ce qui le différencie des traditionnelles sorties scolaires. Très populaire dans de nombreux pays (Belgique, Écosse, Scandinavie, Québec etc.) depuis bien longtemps, elle a été popularisée en France par la pédagogie Freinet, avant d’être cantonnée aux écoles privées sous contrats. Elle est revenue sur le devant de la scène à l’occasion de la parution de plusieurs ouvrages sur la question8 et, surtout, à la lumière du premier déconfinement. Ainsi peut-on lire à la page 3 du protocole sanitaire du 14 juin 2020 « l’organisation de la classe à l’air libre est donc encouragée ». Si les collègues du primaire sont les premiers à s’être emparés du sujet, nous sommes de plus en plus nombreux dans le secondaire à faire classe dans la cour ou les espaces verts alentours. Véritable « pédagogie du détour » – au même titre que la ludification des apprentissages – l’enseignement en extérieur permet des situations de différenciation pédagogiques très intéressantes. Mais surtout, ces temps passés dehors contribuent à une reconnexion avec ce que les chercheurs nomment « expérience de nature » et que nos élèves – et nous-mêmes ! – avons si souvent perdue et qui nous empêche de prendre toute la mesure des dégâts que nous causons à notre environnement9.
En plus du contenu disciplinaire, on travaille dehors des compétences transversales telles que la prise de parole, l’autonomie ou encore l’attention. Quelle peut être la place du professeur documentaliste dans des dispositifs ? Précisons avant tout que nos collègues de lycée agricole, très habitués à ce type de situations pédagogiques, sont d’excellentes personnes ressources sur ces questions et mériteraient d’être plus souvent consultés, comme dans la récente tribune du média en ligne Reporterre10. Ensuite, proposer un CDI hors les murs, à partir d’une sélection du fonds est un premier pas, si l’on dispose d’un peu d’aide afin que l’opération ne requiert pas trop de manutention. Pour  donner raison à Cicéron qui écrivait dans sa correspondance « si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut », la participation à l’entretien d’un jardin pédagogique donnera lieu à de belles progressions en info-doc, du recueil de l’information scientifique sur le terrain à sa mise en forme. Notre contribution aux réflexions autour des usages de la cour d’école, très à la mode en ce moment, en tant qu’experts au sujet des lieux aux usages transversaux et des communs environnementaux peut aussi s’avérer très pertinente et mériterait un article à part entière. Enfin, l’enseignement en extérieur constitue autant de moments passés sans support numérique, une respiration essentielle à la suite des confinements successifs. Les retours des expériences de temps de déconnexion là où elles ont lieu sont très encourageants, notamment sur l’attention. Cette capacité à se projeter à l’extérieur est aussi un argument de plus pour que nos missions ne se confondent pas avec l’outil numérique.

Il n’y a pas de schéma tout tracé pour accompagner nos élèves sur le chemin, compliqué, de la transition. Tout au plus existe-t-il des sources d’inspiration pour cultiver le changement de nos modes de vie, nécessaire à une limitation du réchauffement planétaire et de l’extinction des espèces en cours. Cette capacité d’adaptation dont nous savons faire preuve tous les jours et qu’il est souhaitable de cultiver chez nos élèves permettra de nous atteler à relever les défis posés à l’école du XXIe siècle.

 

Le CDI sur l’herbe. Lectures et débats en extérieur avec des élèves de 6e au début du premier déconfinement. 18 mai 2020

Photographies : Laure Pillot

De la pâte à tartiner à la mention E3D

Difficile, dans un collège classé REP de centre-ville, de sensibiliser les élèves à la cause environnementale. Le club jardin a ses inconditionnels, mais avec ses limites (« Au secours, un insecte ! », « La terre, c’est sale ») et les séances de brainstorming dévoilent cruellement tout le chemin qui reste à effectuer (« les abeilles disparaissent et c’est dommage parce qu’on n’aura plus de miel »). L’animation mise en place il y a quelques années à l’occasion de la Journée pour le Climat montre bien les difficultés de l’exercice. Heureusement, il existe aussi des leviers importants, à l’intérieur et hors du collège.

Stand présenté au collège pendant la Journée sur le Climat.
Avec distribution de tartines écoloresponsables !

Une poignée d’élèves motivés, désireux d’agir concrètement pour la planète, constitue le club écolo et a pour tâche d’informer le reste de l’établissement sur les enjeux écologiques, en réalisant par exemple des affiches sur les feux de forêt en Amazonie ou en mettant en place une campagne de sensibilisation au gâchis alimentaire au réfectoire. Des collectes sont organisées au profit d’associations : parrainage d’une espèce animale, collecte de matériel pour la SPA, de gourdes de compote pour l’association Teckels sans doux foyer1… Ce peut être aussi l’occasion de promouvoir le recyclage, en collectant des bouchons pour une association de lutte contre le handicap, dans le collège, mais aussi auprès des immeubles voisins pour entretenir le lien social et intergénérationnel ; en installant des bacs de recyclage pour le papier et les stylos dans les salles ou encore en réalisant des objets en canettes d’aluminium. Ce sont aussi les abords du collège qui peuvent être aménagés, en réalisant des nichoirs, en installant un composteur recueillant les déchets verts de la cantine, ou encore en faisant le choix de plantes mellifères. Tous ces projets permettent de réfléchir aux possibilités d’amélioration d’un collège à l’ambition éco-responsable : tri sélectif, poids des déchets, impact du chauffage et de la lumière.

Un noyau dur d’enseignants et personnels acquis à la cause permet en outre de mettre en place des actions à hauteur d’une classe : sortie au lac tout proche avec un naturaliste pour observer la biodiversité ; organisation d’un « plogging » (course écologique avec ramassage de déchets) en EPS ; réalisation de maquettes sur « la ville écologique de demain » en histoire-géographie… La confection de nichoirs serait impossible sans la collaboration du professeur de technologie, et l’élaboration de boules de graisse pour les oiseaux nécessite l’aval et la participation du chef de cuisine. Un EPI « Mode » (anglais, arts plastiques, documentation) permet depuis l’an dernier de sensibiliser les élèves du niveau 4e à la problématique environnementale liée à la fabrication des vêtements, et de les faire réfléchir à la confection d’une pièce de mode respectant les axes du développement durable (respect de l’environnement, éthique, économie), avec la contrainte de l’utilisation d’un unique matériau recyclé (plastique, carton, tissu, éléments naturels…).

Maquette de la « ville idéale » écologique

Écologie et développement durable sont des thématiques qui concernent chaque personne en tant que citoyen, mais qui peuvent prendre une place particulière au CDI et dans le travail du professeur documentaliste. S’engager pour une cause écologique nécessite en effet de s’informer, notamment en déjouant les fausses informations et autres théories du complot qui affirment que le réchauffement climatique n’est qu’une invention. Cette recherche d’informations peut ainsi passer par la réalisation d’affiches papier ou de fiches numériques sur une espèce animale ou végétale dans le cadre de l’EMI 6e, par l’analyse de vidéos complotistes en 4e-3e ou par l’exploitation d’un Padlet sur les enjeux de la mode en matière de développement durable dans le cadre de l’EPI mentionné plus haut. Les missions du professeur documentaliste lui permettent d’accompagner les élèves dans un projet, qu’il soit individuel, de groupe ou de classe, ce qui permet de développer l’autonomie des élèves, tout en créant des liens avec l’extérieur ou en participant à des travaux interdisciplinaires. En tant que responsable du fonds documentaire, il est enfin important de veiller à l’acquisition d’ouvrages liés à la culture scientifique et à la thématique écologique.

Un stand au collège et à destination des élèves, c’est bien ; bénéficier d’une visibilité sur l’extérieur, c’est mieux ! La participation annuelle à un Forum du Développement Durable organisé par la mairie de Montargis est devenue peu à peu l’occasion incontournable pour les élèves de tenir un « stand du collège » présentant aux visiteurs les réalisations effectuées pendant l’année. C’est un stand qui prend de l’ampleur chaque année, avec des maquettes, affiches, objets réalisés en matériaux recyclés, et qui permet à notre collège de quartier sensible d’être maintenant reconnu au niveau de l’agglomération comme étant très impliqué dans le développement durable.

Notre stand sur le Forum du Développement Durable organisé par l’agglomération de Montargis

Les classes se rendent à tour de rôle au Forum pour tenir leur stand et visiter celui des autres exposants, ce qui peut être l’occasion de prendre contact avec des associations locales en vue d’une future collaboration. Ce fut par exemple le cas pour un échange avec les Petits Frères des Pauvres ; pour l’association ICARE qui collecte, répare et recycle des objets ménagers et qui vient désormais nous débarrasser de notre matériel vidéo et numérique usagé ; pour le SMIRTOM (Syndicat Mixte de Ramassage et Traitement des Ordures Ménagères) qui nous a par la suite contactés pour réaliser un film sur le traitement des déchets.

Goûter à une soupe d’orties, repiquer une petite plante bouturée par le service espaces verts de la ville, associer l’écorce d’un arbre à son nom dans un jeu élaboré par l’association Ecolokaterre2, comparer ses propres réalisations de voitures en canettes d’aluminium avec celles d’un passionné, disséquer une pelote de réjection de rapace… Autant d’expériences qui sont possibles chaque année pour nos élèves à l’occasion de ce Forum. Sans compter la plus marquante : celle d’assister à la remise en liberté d’un rapace soigné par le Centre de Sauvegarde de la faune sauvage.

Crécerelle avant la remise en liberté

Pour susciter l’intérêt (voire l’enthousiasme), il suffit parfois d’une pâte à tartiner maison au chocolat. Mais cette expérience peut conduire finalement tout un collège à s’investir dans différents projets, à être représenté auprès de l’agglomération… et à finalement recevoir une mention académique E3D « approfondissement ».

Les élèves assistent à la remise en liberté d’un faucon crécerelle

Photographies : Louise Daubigny

 

Enseigner à l’heure de l’Anthropocène

Des alarmes que l’on ne peut plus ignorer

« Nous sommes confrontés à une menace existentielle directe… Nous avons été prévenus. Les scientifiques nous le disent depuis des décennies », affirmait déjà António Guterres, secrétaire général de l’ONU en septembre 2018. « Si nous ne changeons pas d’urgence nos modes de vie, nous mettons en péril la vie elle-même », confirme-t-il ensuite au Sommet pour le Climat en septembre 2019.

À notre échelle, comment prendre en compte professionnellement ces injonctions mondiales s’appuyant sur des milliers de données, études, rapports scientifiques étayant depuis des décennies la profondeur des désastres planétaires, plus précisément le franchissement des limites physiques de notre biosphère et dont les boucles de rétroaction ou effets de seuil restent inconnus à ce jour1? À ces catastrophes écologiques présentes et à venir s’ajoutent tous les enjeux sociétaux d’exploitation d’humains victimes de notre mode de vie occidental et d’exacerbation des injustices, une question éthique et d’empathie universelle. L’école ne peut rester à l’écart à la fois des enjeux écologiques, mais aussi des questions éthiques nées de l’Anthropocène.

La jeunesse elle-même demande aux enseignants de changer leurs manières d’enseigner : pas seulement Greta Thunberg, intervenue justement lors du Sommet pour le Climat en 2019, à l’origine du mouvement Youth for Climate, mais aussi le Manifeste étudiant pour un réveil écologique lancé en septembre 2018, soulignant qu’« au fur et à mesure que nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes ». Parmi les 29 propositions concrètes des étudiants en Sciences Politiques de Saint-Germain-en-Laye à leur directrice en avril 2020 : un parcours scolaire obligatoire sur l’écologie (anthropocène, humanités environnementales, économie écologique), un aménagement écologique du campus à la fois technique (sur la base d’un audit global) et administratif, une politique financière juste (partenariats avec des banques éthiques et solidaires) …

Enfin, « la justice vient de reconnaître que l’inaction climatique de l’État est illégale, que c’est une faute, qui engage sa responsabilité. Avec ce jugement extraordinaire, dès aujourd’hui, des victimes directes des changements climatiques en France vont pouvoir demander réparation à la France. L’État va donc faire face à une pression inédite pour enfin agir contre les dérèglements climatiques », communique le collectif L’Affaire du siècle (Notre Affaire à Tous, Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France) le 3 février 2021.

Enseigner en résonance avec l’état du monde et les attentes des élèves

Autant d’arguments pour changer notre métier d’enseignant. En tant que fonctionnaire de l’État, nous avons cette responsabilité engagée par les accords de Paris qui pourtant nous mènent actuellement sur la trajectoire de 3 ou 4° C d’ici 21002. Comme le soulignent de plus en plus d’étudiants, l’Éducation nationale a sa part de responsabilité sur plusieurs plans : une éducation de plus en plus « high-tech » destructrice et climaticide, des établissements à l’empreinte écologique galopante et des poursuites d’études, qu’elles soient générales, technologiques ou professionnelles aggravant l’état de la planète.

Or, nous avons besoin d’équipes pédagogiques lucides, mais optimistes, désireuses d’accompagner l’éveil des élèves tout en préservant, nourrissant leurs espoir et énergie, par des enseignements, projets et manières d’enseigner en résonance à la fois avec leurs inquiétudes, pas toujours conscientisées mais surtout leur confiance dans les adultes à prendre soin de leur avenir dès maintenant.
Idéalement et ce n’est pas un projet utopique, des équipes sur la même longueur d’onde écologique, soucieuses de passer à l’action avec le soutien des équipes de direction, d’administration et de vie scolaire, bref un établissement scolaire entièrement engagé dans la défense du monde vivant, car quoi de plus essentiel, à partager et à vivre avec nos élèves, que de préserver la vie sur terre, dès lors que nous la savons menacée ?

Enfin, et c’est primordial dans le message partagé avec les élèves, il ne s’agit pas seulement de lutter (et de s’adapter aussi) contre le changement climatique pour survivre, ce serait encore une vision « occidentalo-centrée ». La question est bien de décroître énergétiquement (donc décroître en extractions, pollutions, transports, consommations, émissions de gaz à effet de serre) par devoir envers les populations les plus fragiles qui subissent le développement industriel et la croissance fondée sur l’exploitation du monde vivant depuis des siècles, dont témoigne chaque année un peu plus l’avancement du jour du dépassement3 décomptant le nombre de « planètes Terre » consommées par pays. Il est de notre devoir, par humanité, de nous « dé-développer » matériellement, et surtout de nous « développer éthiquement » : il s’agit de remettre en question la définition-même du progrès telle qu’elle a été construite depuis deux siècles, à savoir des découvertes technologiques et scientifiques indéniables, mais à l’origine d’une masse vertigineuse d’objets et de services pour une grande part polluants, nuisibles, loin de l’essentiel. Ce « progrès » nous emmenant aux portes du chaos climatique pourrait donc peu à peu être remplacé par un progrès humaniste, de souci du monde vivant, humain et non-humain, finalement vers plus de liens et moins de biens. L’école ne serait plus pourvoyeuse de futurs producteurs/consommateurs rouages d’une méga-machine industrielle avalant la planète, mais bien de nouveaux acteurs d’un monde résilient à imaginer ensemble.

Comment opérer cette révolution écolo-pédago-éducative au cœur des établissements ? Tout est possible, selon les aspirations, talents, centres d’intérêt de chacun, pourvu que la boussole reste la même pour tous : faire décroître l’empreinte écologique de son établissement, afin de joindre le geste à la parole enseignée, partagée et vécue avec les élèves. Rien de pire qu’un enseignement théorique débordant de belles intentions pour sauver le monde vivant découplé des pratiques dans chaque matière, de l’établissement lui-même dans son entier. Ce serait une sorte de dissonance cognitive grandeur nature, avec le risque d’une perte d’unité éducative pourtant nécessaire pour mener cet immense chantier. Toutes les filières, générales et professionnelles pourraient se tourner vers des métiers low-techs, respectueux du vivant. Pour ceux qui argumenteraient que ce n’est pas à l’école de réduire son empreinte écologique, mais aux secteurs du transport, du tourisme, des loisirs, etc., il apparaît que tous ces métiers et bien d’autres ont été préparés, enseignés et appris à l’école. Au final, c’est ce dont de plus en plus d’étudiants ont besoin : redonner du sens à leurs études. C’est donc bien à l’école d’amener ses élèves, in fine une société future toute entière, vers des métiers respectueux du monde vivant, pratiqués par des citoyens sensibilisés et impliqués dans le devenir de la vie sur Terre. C’est le sens du métier d’enseignant à l’heure de l’Anthropocène.

Au cœur des CDI, une EMI s’ouvrant à l’écologie

Une fois cette affirmation posée, si l’on se limite aux seuls CDI, que peut-on bien y révolutionner pour participer à ce grand virage vers un monde meilleur ? Suivant le fil de nos trois traditionnelles missions, redéfinir notre Éducation aux Médias et à l’Information en la teintant progressivement d’un intérêt pour la biosphère, sa préservation dans le domaine privé, citoyen et, plus tard, professionnel, bien sûr faire évoluer notre fonds en conséquence, afin de pouvoir y puiser les ressources éclairantes et enfin veiller à une ouverture culturelle écocitoyenne pour ne pas assurer seulement l’épanouissement d’un élève futur salarié-consommateur, mais bien celui d’un être humain conscient des enjeux planétaires.

Comme le font déjà de nombreux collègues professeurs-documentalistes, on pourrait donc investir tous nos outils et méthodes de recherche documentaire dans le domaine écologique aux multiples facettes exploitables : biosphère physique et monde du vivant, enjeux géopolitiques, histoire de l’Anthropocène, infox climatiques et climato-scepticisme, données scientifiques, engagements et militantismes (hommes et femmes exemplaires), les sujets et éclairages teintés par les différentes matières partenaires ne manqueraient pas. Un parcours éco-EMI pourrait être envisagé, afin d’éduquer les élèves à la recherche documentaire et à l’exercice de l’esprit critique, à travers cet immense domaine qu’est l’écologie. La subtilité serait de ne pas faire disparaître tous les autres sujets également vitaux aux apprentissages informationnels, le but étant de donner envie aux élèves d’investir ce domaine, et non pas de le fuir à la suite de nos cours….
Pas de dispositifs pédagogiques particulièrement innovants (au sens actuel high-tech), au contraire, car notre boussole est bien celle de la réduction de notre empreinte écologique professionnelle et donc de la limitation des productions numériques, vidéos, etc. pour une priorité donnée au partage oral, exposés, échanges, débats, auprès des élèves, sous la forme de forums des savoirs, visites d’« expositions-maison », challenges inspirants, rencontres, etc., sans oublier la création de documents, livres, jeux éducatifs, outils à partager, éco-conçus dès le départ pour durer, être partagés.
Repenser nos cours en amont, en essayant de limiter l’usage du projecteur, des vidéos, des photocopies, travailler sur brouillon, recycler nos « fiches » ou tutoriels cartonnés pour plusieurs classes. Enfin, la question à ne pas fuir est celle de l’usage et de la place du numérique. Comment limiter cet usage à l’essentiel sans être accusé d’impréparation par nos élèves au fameux « monde de demain ultra-connecté » (insupportable pour la biosphère, rappel anthropocénique) ? Affronter ce sujet en équipe, arbitrer ce qui est « abandonable » ou pas, limiter l’usage des tablettes et autres portables ou objets connectés, préférer au monde des GAFAM les outils libres en un usage réfléchi, conscientisé.

Côté ressources, quels nouveaux arbitrages ?

Quel fonds documentaire enthousiasmant les élèves par les beautés de la nature, mais non déprimant par les atteintes humaines à cette même nature organiser dans nos rayons (sans plastification des couvertures si possible, ou au minimum…) ? À nouveau un savant arbitrage témoignant de notre attention au moral des élèves : sans cacher les réalités constatées scientifiquement, proposer des lectures inspirantes et motrices d’envie d’agir, d’espoir pour équilibrer un bilan catastrophique, par des actions formidables déjà répertoriées, à valoriser absolument. Les élèves n’ont pas toujours conscience des pertes que nous comptabilisons depuis notre enfance, rien ne sert d’alimenter leur potentielle solastalgie (néologisme de Glenn Albrecht, philosophe australien de l’environnement exprimant le sentiment de perte, passée et future, de notre environnement proche), leur monde est un monde changeant sur lequel il est bon de veiller, il sera sûrement meilleur car plus humaniste si nous « investissons » dans la solidarité, l’empathie, la coopération.

Ce « fonds vert » du CDI pourrait être aménagé sous la forme d’un espace permanent dédié aux thèmes écologiques accueillant expositions maisons, expositions de partenaires, murs d’expression, bref un endroit clairement identifié devenant un peu « totem », avec quelques plantes dans l’idéal (non à but décoratif bien sûr), sur lesquelles veilleraient les élèves, là aussi dans l’idéal. Aménager par ailleurs un espace-débat permanent, avec plusieurs chaises en cercle, faciliterait les rencontres quotidiennes et échanges horizontaux professeurs-élèves.

D’autre part, concernant le numérique, outre les effets psychologiques d’un surdosage quotidien d’écrans pour de jeunes cerveaux4, les chiffres-clefs du numérique pointés par l’ADEME sont éloquents : 4 % des émissions de gaz à effet de serre, des milliards d’appareils fabriqués dans des conditions indéfendables5 dans différents endroits du monde, une obsolescence programmée de plus en plus dénoncée, un recyclage non assuré puisque 70 % des DEEE finissent en décharge dans de nombreux pays pauvres6, pour un trafic essentiellement tourné vers des vidéos divertissantes, stockées en plusieurs exemplaires dans des data centers climatisés (redondance pour une « haute disponibilité »), reliés à nos objets connectés devenus semble-t-il essentiels (un nouveau mot/maux : la nomophobie, No Mobile Phone Phobia). Chaque jour des milliards de données personnelles partagées avec notre consentement alimentent et font fructifier cette nouvelle économie de l’attention.

Enfin, et c’est l’essentiel, plaçons-nous un instant dans la situation d’un professeur d’un pays en voie de développement, observant, de loin, la manière d’enseigner des pays riches : quelles seraient alors ses conclusions ? Et si un élève d’un de ces pays observait l’éducation de son camarade occidental, quel sentiment dominerait-t-il ? Notre mode de vie développé, dont notre éducation fait partie, dépasse les capacités de la planète à se régénérer et impacte incroyablement, injustement les modes de vie et l’éducation ailleurs dans le monde. Étendre notre éducation énergivore et polluante au monde entier serait insoutenable. C’est donc un choix éthique de remettre en question la notion de progrès technologique qui façonne notre éducation actuelle et valorise des inventions, innovations, certes admirables, mais à un coût insupportable et injuste pour l’ensemble du vivant. Il serait donc temps de changer de regard, et viser enfin un progrès humaniste cette fois, où chaque professeur et chaque enfant dans le monde serait tout simplement à égalité.

« 
Sans cacher les réalités constatées scientifiquement, proposer des lectures inspirantes et motrices d’envie d’agir, d’espoir pour équilibrer un bilan catastrophique par des actions formidables déjà répertoriées
»

Des ouvertures culturelles, citoyennes évitant les pièges…

Enfin côté ouverture culturelle, tout est possible à nouveau tant les partenaires potentiels foisonnent et fourmillent et c’est un écosystème réjouissant. Tout simplement par le biais d’un atelier écologie hebdomadaire, de petits gestes en grands projets, les pratiques des élèves, professeurs et administration peuvent changer, de la cour (hôtels à insectes et autres potagers) à la cantine (de plus en plus végétarienne) en passant par les salles de classe bien sûr, des événements peuvent joyeusement animer l’année (vide-greniers, éco-challenges, actions solidaires…), les occasions ne manqueront pas de vivre l’écologie sous le meilleur jour, celui de l’action et de l’engagement, pour ne pas subir, et sentir que l’on peut agir chacun à notre échelle, partout dans le monde. De là à obtenir l’un ou l’autre des écolabels, pourquoi pas si cela fournit des cadres structurants, coups de pouce, compagnons de route, partenaires motivants, etc. Tout en disant non aux anciens projets énergivores, voyages ou autres courses au numérique, bref des projets « éco-sympathiques » à petites échelles.

En outre, ne pas tomber dans le fameux piège du développement durable, pourtant promu par l’ONU depuis 2015 avec ses classiques 17 ODD à l’horizon 2030. Denis Meadows, un des auteurs de The limits to growth (1972, rapport modélisant les scénari planétaires possibles selon nos manières d’y vivre, produire et consommer, justement en pleine croissance) a déclaré en 2012 qu’il était « trop tard pour le développement durable ». Greta Tunberg invite les dirigeants à abandonner leurs « contes de fée de croissance », et l’Agence Européenne pour l’Environnement indique en janvier 2021, dans son rapport Growth without economic growth « la croissance économique est étroitement liée à l’augmentation de la production, de la consommation et de l’utilisation des ressources, ce qui a des effets négatifs sur la nature, le climat et la santé humaine. De plus, les recherches actuelles suggèrent qu’il est peu probable que la croissance économique puisse être complètement détachée de ses impacts environnementaux ».

Et pourtant l’ODD 8 invite le monde à la croissance économique fournisseuse d’emplois et garante d’une sortie de la pauvreté, et l’ODD 9 promeut les industries, innovations et infrastructures à cette fin… Ces deux objectifs inhérents à la révolution industrielle ayant contribué mécaniquement à l’état du monde actuel, comment alors soutenir cette démarche promettant pourtant la durabilité ? À moins peut-être de boycotter ces deux ODD, en les remplaçant par exemple par 2 thématiques absentes, les droits de l’homme et la démocratie, les thématiques liées à la biosphère arrivant enfin en 13e, 14e et 15e places… Mais il vaut mieux rejeter cet outil proposé mondialement car valider cette croissance verte revient à toujours plus puiser de la matière et de l’énergie au creux de la terre.
Il est vital, et ce n’est pas un jeu de mots, de ne pas rester à la surface de ces informations fondamentales. Chacun de nos choix, projets doit intégrer la notion d’énergie grise, c’est-à-dire l’immensité des impacts liés à l’utilisation des objets ou pratiques lors de nos projets que l’on ne voit pas, et qui ne se limitent pas aux objets physiques que nous utilisons en classe avec nos élèves (papiers, projecteurs, tablettes, stylos, etc.). Par exemple faire utiliser leur smartphone aux élèves comme le conseille l’Éducation nationale (« Bring Your Own Device »), nécessite de réfléchir aux impacts environnementaux et sociétaux indéfendables liés à la fabrication de l’objet, comme en témoigne intelligemment Mortel smartphone de Didier Daeninckx7.

Pour terminer, enfin, pratiquons un petit exercice de pensée : projetons-nous dans 20, 30 ans et retournons-nous sur notre passé professionnel ? Serons-nous heureux, en paix avec nos choix ou nous rendrons-nous compte que, si nous n’avons rien fait entre temps, nous aurons participé à la catastrophe annoncée pourtant dès les années 708 ?

« 
Les occasions ne manqueront pas de vivre l’écologie sous le meilleur jour, celui de l’action et de l’engagement, pour ne pas subir, et sentir que l’on peut agir chacun à notre échelle, partout dans le monde.
»

 

 

Culture-Nature, en trait d’union au CDI

Un retour d’expérience au lycée Beauséjour de Narbonne montre, à travers les déclinaisons d’un projet de grainothèque, que le professeur documentaliste est le passeur culturel naturel de cette éducation à la citoyenneté, le garant de ce lien ductile à tisser aujourd’hui au CDI.
Le CDI en tant que « lieu de formation, de lecture et d’accès à l’information », dans la ligne de la circulaire de mission n° 2017-051, du 28 mars 2017, est le reflet de la société qui aujourd’hui s’interroge sur son impact sur le climat. Le professeur documentaliste a un rôle à jouer dans la sensibilisation aux enjeux environnementaux auprès des différents publics qu’il accueille tous les jours au CDI. En les accompagnant à participer à des actions ponctuelles ou à des animations culturelles, en construisant des projets et en incitant à l’intégration dans la politique documentaire des partenaires locaux déjà engagés dans des initiatives écologiques locales, il devient un maillon fort de l’engagement écologique de son établissement scolaire dans une démarche raisonnée et durable.

Feu vert

La Semaine européenne du développement durable, en septembre, peut être un tremplin pour conjuguer au quotidien une éducation au développement durable. Transversale, c’est une éducation partagée et à partager. Le CDI est l’écrin de la culture, ce qui en fait le lieu propice pour appeler à protéger la nature.
Culture et nature ne s’opposent pas, mais se réunissent en ce lieu pour accompagner les citoyens à devenir vertueux. Le rôle du professeur documentaliste est de promouvoir des rencontres pour inciter les élèves à réfléchir au monde qu’ils souhaitent construire demain.

Le rayon vert

C’est une éducation qui fédère élèves, enseignants, parents dans des pédagogies de projets, ouvrant chacun sur son environnement si et seulement si elle reste modeste.
Il ne s’agit pas de prôner les gestes, les attitudes écoresponsables envers et contre tous les réfractaires. Ce n’est pas une éducation qui vise à dénoncer les travers de nos sociétés de consommation, ni du saupoudrage de bonnes pensées pour avoir bonne conscience ou pour répondre à une incitation gouvernementale.
Agir en tant que professeur documentaliste c’est proposer avec conviction à ses usagers ce retour à l’essentiel : accueillir la nature sur ses rayonnages, réconcilier nature et culture. Rester curieux et inventif. Dans tous les CDI, construisons avec les élèves une grainothèque de fleurs, de mots ou de métiers.

Avoir la main verte

Les grainothèques sont des banques de graines qui témoignent aussi de l’environnement local. Seules les semences pouvant pousser dans la région où est implantée la grainothèque seront choisies. Sont ainsi privilégiés les légumes, les fleurs et les aromatiques. Il est évident qu’un partenariat avec une jardinerie locale pour acheter les premières graines est nécessaire. Des potagers pédagogiques ont été conçus, en parallèle parfois, autour de thématiques comme « les plantes qui soignent » ou les carrés médiévaux, pour mettre en valeur ces bibliothèques vertes.
Rassurons-nous, le professeur documentaliste ne doit pas nécessairement avoir la main verte dans son CDI pour inciter à la conception d’un réservoir vert.

Se mettre au vert

Dans le cadre de l’AP, par exemple, les élèves accompagnés de leurs professeurs peuvent relever le défi de concevoir une grainothèque. Cette initiative s’inscrit également dans le parcours citoyen de l’élève ou peut intéresser les éco-délégués. Les grainothèques fonctionnant sur le système du libre-échange attirent de nouveaux usagers. Les élèves prennent une graine et en donnent une en échange. Pour commencer la grainothèque, nous avons pu bénéficier d’un don, d’autres graines ont été achetées. Il s’agit de toujours veiller à approvisionner la grainothèque de graines de fleurs, de légumes et de fruits locaux. Le sachet qui abrite la graine fournira à l’élève les informations nécessaires à sa plantation sur son rebord de fenêtre, son balcon, son potager ou son jardin. C’est une action qui relie les générations. Beaucoup d’élèves ont rapporté des graines des jardins ou des potagers de leurs grands-parents.

Vers un CDI vert ?

Tous les professeurs sont invités à participer : le professeur d’arts plastiques concevra les affiches ou le meuble qui accueillera les pochettes, le professeur de SVT prodiguera de bons conseils dans le choix des semences, le professeur d’histoire géographie réfléchira aux enjeux environnementaux et animera des débats citoyens en classe, le professeur de lettres et les professeurs de langues créeront les pochettes et indiqueront en plusieurs langues les conseils de culture. Un règlement pourra être écrit et discuté en éducation civique ou avec les assistants d’éducation. Le professeur documentaliste apportera son aide aux élèves pour penser à une classification des graines avec le professeur de physique à partir du tableau périodique des éléments, par exemple.
Il accompagnera également les élèves à prélever l’information à mentionner sur les pochettes de graines lors de recherches documentaires.
Ces pochettes seront mises à disposition au CDI. Il pourra être intéressant de valoriser leur création auprès de la médiathèque de réseau.

Et un jour, nous avons rencontré Johann Charvel1 et nous avons décliné les grainothèques en grainothèques de mots et de métiers… Grâce à cet écrivain, entremetteur entre la culture et la nature, nous avons étoffé notre vocabulaire lors de son spectacle théâtral « permaculturel », La graineterie de mots. Il nous a invités à « cultiver la biodiversité de notre vocabulaire ». Une grainothèque peut en cacher une autre.

Grainothèque de mots

Pas de mauvaises graines chez les mots

Après une banque de graines, une grainothèque de mots peut être réalisée au CDI. Chaque année, des mots entrent dans le dictionnaire. Pour 2021, le mot influenceur est ajouté, qui est défini comme la personne qui, en raison de sa popularité et de son expertise dans un domaine donné (la mode, par exemple) est capable d’influencer des pratiques de consommations. D’autres termes sont retirés, c’est le cas des mots : assoter, baladinage, finet, poétereau… Tous les mots supprimés sont présents sur le site de l’Académie française. Les élèves s’y rendent et font leur récolte de mots précieux et anciens pour créer des pochettes de mots.
Pour lutter contre le désherbage de la langue française, d’autres élèves empruntent un mot qu’ils choisissent et le sèment librement. Le pari réalisé est que les élèves vont employer le mot selon les conseils de culture fournis sur la pochette et ainsi enrichir leur vocabulaire.
Chaque pochette de graines de mots est composée du mot en plusieurs exemplaires à l’intérieur. Sur la pochette sont écrits son étymologie « appartient à la famille de », sa définition, son synonyme, un antonyme, un exemple de phrase et un conseil de culture : « le répéter 5 fois par jour » ou « essayer de l’employer le mercredi seulement » ou encore « faire deux phrases contenant le mot ». Nous pourrions imaginer ajouter d’autres informations : sa traduction en langue étrangère par exemple. À chacun de s’emparer et de faire germer l’idée.

Un mot à planter (verso)
Un mot à planter (recto)

Graines de citoyens

Concernant les métiers, nous avons choisi également de faire créer aux élèves, sur le même modèle, des enveloppes-métiers pour décliner l’expression « graine de ». À l’intérieur de chaque pochette Avenir est présente une fiche métier en plusieurs exemplaires. Réalisées par les élèves de terminales pour s’informer et informer les autres élèves sur le métier qu’ils aimeraient exercer plus tard, ces « graines de métiers » sont mises à disposition prioritairement auprès des élèves de première, de seconde et seront proposées aux élèves de 3e du collège voisin lors des Portes Ouvertes comme ressources documentaires dans l’Espace Orientation du CDI. En Aide Personnalisée, chaque élève conçoit une fiche métier recensant la formation nécessaire, les compétences et les qualités à posséder ainsi qu’une description des tâches principales du métier étudié. Sur l’enveloppe sont aussi mentionnées les sources utilisées (l’élève doit proposer une bibliographie et une image libre de droit pour l’illustrer) ; le métier est noté avec sa « famille » et ses synonymes. À l’intérieur de la pochette, on peut imaginer glisser le QR code de la fiche ONISEP correspondante par exemple.
Les pochettes réalisées en AP donnent également l’occasion de vérifier que les élèves savent prélever l’information dont ils ont besoin pour réaliser ensuite leur lettre de motivation. C’est un exercice de saison à faire pousser dans les CDI pour préparer les élèves au Grand Oral…

Culture-Nature, en trait d’union au CDI

« Si hotum in bibliotheca habes, deerit nihil » écrivait Cicéron à Varron : Si tu as une bibliothèque et un jardin, tu as tout ce qu’il te faut. Offrons aux élèves tout ce qui leur faut pour demain. Cultivons notre esprit par les livres en semant des graines.

Graines pour grainothèque

Photographies : Bénédicte Langlois