Des thématiques sociales aux mondes imaginaires : l’univers captivant de Cassandra O’Donnell

Si vous aimez l’univers fantastique et que vous cherchez des ouvrages à ajouter à votre fonds documentaire, n’hésitez plus, Cassandra O’Donnell est un incontournable du CDI !  

Cassandra O’Donnell, de son nom d’autrice, est originaire de Lille et réside aujourd’hui en Normandie. Elle a d’abord fait carrière en tant que journaliste d’investigation, réalisant des reportages pour certains médias, notamment l’émission Zone interdite. Ce métier lui a permis de parcourir le monde et de faire de nombreuses rencontres. Cependant, il y a quelques années, elle a pris la décision de mettre sa carrière sur pause, pendant un an, pour se consacrer à sa famille. C’est durant cette parenthèse qu’est née une nouvelle vocation : celle d’écrivaine. Désirant s’éloigner des réalités parfois sombres qu’elle côtoyait en tant que journaliste, Cassandra O’Donnell choisit alors de se tourner vers l’imaginaire. En peu de temps, elle s’aventure dans un genre peu exploré par les auteurs français : l’urban fantasy pour adulte. Ce parti pris audacieux l’a amenée à choisir un pseudonyme anglo-saxon et à écrire son premier roman, Rebecca Kean, publié en 2011 chez J’ai lu, dans la collection Darklight. Cassandra O’Donnell est aujourd’hui suivie par des centaines de milliers de jeunes lecteurs.

Pour vous donner envie de lire ses ouvrages et les commander pour le CDI, nous allons vous présenter trois bonnes raisons de lire Cassandra O’Donnell. Cet article sera construit en suivant ces trois points et en vous présentant certains de ses ouvrages en fonction de la catégorie qu’ils représentent le plus.
Tout d’abord, les livres de Cassandra O’Donnell sont intéressants parce qu’ils peuvent nous permettre de travailler en classe ou au sein de séquences pédagogiques des thématiques précises, comme la tolérance, le respect de la différence ou le harcèlement scolaire. Ainsi, il existe parmi sa bibliographie des livres courts (d’environ cent vingt pages) dont la lecture est enrichissante et avec un message fort comme Le garçon qui ne voulait pas parler ou encore La Nouvelle.
La deuxième bonne raison de lire ses livres est leur style captivant et accessible à tous les âges. Cassandra O’Donnell a un style dynamique et plein d’humour qui peut plaire aux plus jeunes avec des séries comme Le Collège Maléfique, comme aux adultes avec la saga Rebecca Kean. Elle est capable de s’adapter à son public et même d’être à l’écoute des envies et des besoins des lecteurs.
Enfin, les univers fantastiques créés par Cassandra O’Donnell sont très bien construits et permettent de plonger dans des récits d’aventures extraordinaires. Les mondes surnaturels de Sombreterre, La Légende des Quatre, ou encore Le Collège Maléfique attireront sans aucun doute les petits fans d’histoires fantastiques.

1 – Quand la littérature aide à se construire

Cassandra O’Donnell aborde dans ses livres des sujets profondément ancrés dans la réalité des jeunes et des adultes. Qu’il s’agisse de la différence, du harcèlement scolaire, de la tolérance ou encore de l’acceptation de soi, ses récits véhiculent des messages forts. Des œuvres comme Le garçon qui ne voulait pas parler et La Nouvelle sensibilisent les lecteurs à ces problématiques, les invitant à réfléchir sur des questions essentielles. Cassandra O’Donnell parvient ainsi à traiter de sujets sérieux tout en captivant l’attention des jeunes lecteurs. Ses histoires résonnent profondément avec les réalités sociales de notre époque que l’on retrouve bien trop souvent dans les établissements, ces dernières, assez courtes, peuvent se travailler au sein d’une séquence sur la thématique ciblée. Pour ces deux ouvrages, une fiche pédagogique est disponible sur le site de Flammarion. L’accès au document est gratuit, il suffit de s’inscrire sur le site en renseignant quelques informations, notamment le nom de l’établissement. Les fiches pédagogiques, bien construites, donnent des pistes pour la mise en œuvre de la séquence, avec un tableau de cohérence et de progression du récit. Elles proposent également des idées de prolongements (débats, théâtre participatif, lecture en réseau, etc.), y compris dans d’autres disciplines comme la géographie et l’enseignement moral et civique.
Le garçon qui ne voulait pas parler, publié chez Flammarion en 2021, est un ouvrage de 120 pages de niveau collège. Ce livre porte sur la liberté d’expression, le respect de la différence, le harcèlement scolaire et la force de l’amitié. Pour autant, il n’est pas dénué d’un peu d’humour. Dans cette histoire, Asante et Morgane entrent en classe de sixième et vivent une année difficile. Asante a choisi, depuis environ deux ans, de se murer dans le silence après avoir subi un grand traumatisme dans son pays d’origine où la liberté d’expression est réprimée et où son père, journaliste, a été condamné à mort. Morgane, nouvelle dans la classe, est une jeune fille brillante mais qui devient rapidement la cible de harcèlement de la part de ses camarades. Malgré leurs différences, une amitié naît entre eux, un lien secret basé sur leur sentiment commun d’être en marge des autres. Cependant, la situation atteint un point critique lorsqu’une élève de leur classe prend une photo de Morgane dans les toilettes et la publie sur les réseaux sociaux. Incapable de supporter plus longtemps la cruauté infligée à son amie, Asante décide de dénoncer ses camarades à leur professeur, forçant ainsi la classe à prendre conscience de la gravité de leurs actes et de la souffrance qu’ils ont causée.
Après avoir exploré le thème du harcèlement scolaire et de la liberté d’expression dans Le garçon qui ne voulait pas parler, La Nouvelle, publiée chez Flammarion en 2019, approfondit cette réflexion en se concentrant sur l’intégration des élèves réfugiés. Cassandra O’Donnell y traite avec sensibilité des défis auxquels font face les jeunes immigrants, tout en conservant cette même bienveillance qui rend ses récits si émouvants. Forte de son expérience de journaliste ayant couvert des zones de guerre et rencontré de nombreux réfugiés, elle a écrit ce livre pour encourager la tolérance. Lors de ses visites dans les écoles, elle a remarqué que les élèves connaissent peu les réalités vécues par leurs camarades réfugiés : les épreuves traversées, les difficultés d’adaptation à une nouvelle langue et culture, ou encore le mal du pays. Ainsi, La Nouvelle raconte l’histoire d’Haya, une élève syrienne, qui, malgré son apparence fière, traverse des moments difficiles. Gabriel, un camarade de classe, sensible à sa situation, l’aidera à s’intégrer avec patience et empathie, soutenu par sa grand-mère.

Cassandra O’Donnell entreprend de parler d’autres épreuves personnelles dans Le Carnet de Juliette, publié chez Poulpe Fictions en 2022. Cette romance, à la fois drôle et féministe, explore des sujets profonds tels que la perte d’un proche, la reconstruction après un deuil, et aborde également la thématique de l’homosexualité avec une grande sensibilité. À travers l’histoire de Juliette et de son frère Nicky, l’autrice plonge dans la complexité des émotions adolescentes, tout en mettant en lumière les questions de différence et d’acceptation de soi. Juliette et son frère jumeau, Nicky, surdoués et âgés de quinze ans, viennent de s’installer à Montréal avec leur mère après la mort accidentelle de leur père. Tandis que Juliette, talentueuse en patinage artistique, se renferme sur elle-même et abandonne sa passion, Nicky, quant à lui, exprime pleinement sa différence à travers son style unique, en bravant les jugements sur son apparence et son homosexualité avec humour et audace. À l’école, malgré sa réticence à s’ouvrir, Juliette se rapproche de Timothé, un camarade bienveillant, tout en trouvant refuge dans l’écriture. Mais la perte de son carnet intime, tombé entre les mains de Key, un joueur de hockey populaire, chamboule et accélère sa reconstruction, alors qu’il réussit à la faire sortir peu à peu de sa carapace.
L’album Grimelda Hauchecorne – La Souris de Salem, illustré par Jean-Mathias Xavier et publié aux éditions Flammarion Jeunesse, en 2022, traite également de la tolérance face à la différence et de l’acceptation de soi, mais cette fois-ci sous la forme d’un récit initiatique atypique. En effet, dans le village de Salem, où les habitantes sont toutes des sorcières redoutables, se trouve Grimelda Hauchecorne, une sorcière bien différente. Contrairement aux autres, Grimelda a un cœur, ce qui l’empêche de pratiquer les sombres maléfices comme ses comparses. À l’occasion de la fête de la lune de sang, alors que les souris de Salem s’activent avec enthousiasme à préparer des potions magiques dans d’immenses chaudrons, Grimelda, elle, désespère de ne pas leur ressembler. Déterminée à devenir aussi méchante et effrayante que les autres, elle décide de partir à l’aventure, rencontrant des êtres terrifiants et terriblement maléfiques sur son passage. Au cours du voyage, Grimelda va comprendre que ce qu’elle imaginait être un fardeau, son cœur, est en réalité une qualité. Le plus de cet ouvrage réside dans les illustrations de Jean-Mathias Xavier, rappelant l’univers de Tim Burton, qui sont très bien faites et qui plairont aux élèves.
Si ces quatre livres ont une thématique particulière au centre de leur histoire, les autres ouvrages de Cassandra O’Donnell traitent également, quoique plus discrètement, de ces sujets sensibles. C’est le cas par exemple dans la saga Malenfer (Flammarion, 2014), où la jeune Zoé est moquée et mise à part par les autres enfants de l’école du fait de sa différence. Zoé est capable de voir la véritable nature des êtres qui l’entourent et de pressentir le danger.
Mais au-delà des thèmes forts, c’est aussi le style de Cassandra O’Donnell qui fait toute la différence, captivant les lecteurs de tous âges.

2 – Un style captivant et accessible à tous

L’écriture de Cassandra O’Donnell se distingue par sa fluidité, son dynamisme, et son humour subtil. Que ce soit à travers des dialogues percutants ou des scènes pleines d’action, elle rend chaque page attrayante, même pour les lecteurs les plus jeunes. Son style accessible et les différents genres dans lesquels elle écrit permet à chacun de plonger facilement dans ses récits, qu’il s’agisse de l’univers intense de Rebecca Kean ou des aventures pour enfants comme Malenfer. C’est cette capacité à captiver tous les âges qui fait de ses livres des œuvres incontournables.
Par exemple, la série Malenfer, qui est une saga fantasy composée de deux cycles (le Cycle Terre des hommes et le Cycle Terre de magie), a été écrite à partir des idées des élèves de CM1 et CM2 de l’école primaire d’Hallennes-lez-Haubourdin, lors des Halliennales de 2013. Durant les années qui ont suivi, l’autrice a pris contact avec les élèves pour imaginer la suite de l’histoire. Ainsi, la difficulté de la lecture augmente avec la sortie des nouveaux tomes, pour s’adapter à la demande et aux compétences de lecture des élèves, à la manière de la saga Harry Potter. Le principe même de faire évoluer la difficulté de lecture au sein d’une même saga traduit la volonté de Cassandra O’Donnell d’emmener autant que possible les élèves vers la lecture, leur donner envie de lire et les moyens de lire. Dans le premier tome, le lecteur découvre que Zoé n’est pas une petite fille comme les autres. Depuis la disparition de ses parents, c’est Gabriel, son grand-frère, qui s’occupe d’elle. Toutefois, une grande menace approche de plus en plus et les inquiète : la forêt maléfique, Malenfer, avance dangereusement vers leur ville et leur maison. Un jour, ils devront fuir et tenter de retrouver leurs parents, partis à la recherche d’une solution pour contrer ce maléfice. Contrairement à Gabriel, Zoé possède un don particulier : elle est capable de voir la véritable nature des êtres qui l’entourent. Elle sait, par exemple, que son professeur est un troll et que le directeur de l’école est un loup-garou ! Lorsque l’un de leurs camarades de classe disparaît, tout le monde pense qu’il a été capturé et tué par la forêt maléfique. Mais Gabriel, Zoé et leurs amis ne croient pas à cette hypothèse et décident de mener leur propre enquête.
Après avoir écrit une saga avec les élèves d’une école, Cassandra O’Donnell montre qu’elle reste à l’écoute de ses jeunes lecteurs et se lance dans l’horreur et le paranormal, à leur demande, avec sa dernière série Les Jumeaux Crochemort (à ne pas rater !). Cette nouvelle série en cours d’écriture est constituée de deux tomes actuellement : La Malédiction (Flammarion Jeunesse, 2023) et Possession (Flammarion Jeunesse, 2024). Cette histoire raconte le tournant que prend le quotidien de deux adolescents, placés en famille d’accueil, lorsqu’un jour, des grands-parents dont ils ignoraient l’existence surgissent de nulle part pour les prendre à leur charge. Ils avaient toujours cru être sans famille, leur mère leur ayant affirmé qu’ils n’en avaient plus. Sans avoir la possibilité de refuser, ils sont contraints d’emménager chez leurs grands-parents dans une ville au nom imprononçable. Dès leur arrivée au manoir familial, Oriel ressent un profond malaise : ce lieu sinistre est celui qui hante ses cauchemars depuis quelque temps, et ces rêves semblent étrangement proches de la réalité, bien trop « proches ». Il connaît cet endroit, mais tout en lui refuse d’y entrer. Ce manoir est lugubre, rempli de fantômes, d’esprits et de dangers qu’il perçoit mais il ne sait comment l’expliquer à sa sœur, Silence. Silence est une jeune fille rationnelle, convaincue que tout a une explication logique. Oriel, en revanche, est plus sensible aux mystères, sachant que ses rêves sont prémonitoires et que certaines choses échappent à la raison. Entourés d’un manoir terrifiant et de grands-parents tout aussi inquiétants, ils réalisent que désormais, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour affronter les sombres secrets de leur nouvelle vie.

Cassandra O’Donnell montre également à travers des titres plus anciens (mais tout aussi passionnants !) qu’elle sait aussi bien écrire pour les lycéens que pour les adultes. Les Aventures improbables de Julie Dumont, publié chez Pygmalion en 2016, est un roman d’enquête policière indépendant, plein d’aventures et extrêmement drôle. Alors qu’elle se rend au mariage de ses parents en Normandie, Julie est témoin d’une scène particulièrement étrange : un homme est jeté d’une voiture et laissé pour mort sur le bas-côté. Julie s’arrête et conduit l’inconnu à l’hôpital mais celui-ci lui demande un service : récupérer ses affaires et les lui rapporter. Les mésaventures de Julie ne vont pas s’arrêter en si bon chemin ! Emmener l’inconnu à l’hôpital la fait arriver en retard à la fête de mariage de ses parents ! Elle tombe ensuite nez à nez avec son ex alors qu’une voisine meurt d’une crise cardiaque en pleine dégustation du buffet. Dans l’enchaînement des événements, elle se retrouve à mener l’enquête sur le décès de cette pauvre femme, cumulant les situations cocasses et atypiques. Un vrai régal pour les lecteurs et lectrices : l’autrice prend un véritable plaisir à nous surprendre par un vocabulaire osé mais jamais vulgaire.
Nous ne pouvons pas parler de Cassandra O’Donnell sans parler de sa célèbre série Rebecca Kean qui a propulsé l’autrice sur le devant de la scène, avec son mélange d’humour noir et de scènes décalées. Actuellement, sept tomes ont été publiés dans la collection Darklight chez J’ai lu, avec un huitième et dernier tome, tant attendu par les lectrices et les lecteurs, prévu pour 2025. La série s’inscrit dans le genre de l’urban fantasy, plus précisément dans la bit-lit, un sous-genre qui combine le surnaturel avec les défis du quotidien. Ici, l’héroïne est elle-même une créature surnaturelle : une sorcière de guerre. Rebecca Kean est une saga qui mélange enquête policière et romance paranormale, offrant un cocktail d’action et de suspense à vous empêcher de dormir ! Rebecca Kean est donc une sorcière de guerre, maîtresse des éléments, traquée par son propre clan depuis l’âge de 16 ans. Depuis dix ans, elle fuit avec sa fille Léonora. Lorsqu’elle s’installe dans le Vermont avec sa fille et sa meilleure amie Beth, une lycanthrope, elle croise la route d’un vampire séduisant et très âgé, Raphaël. Une relation étrange et complexe commence à se tisser entre ces deux ennemis jurés, car les sorcières de guerre n’ont de cesse de traquer et tuer les vampires et les démons qui croisent leur chemin. Raphaël choisit de ne pas révéler le secret de Rebecca, il espère pouvoir compter sur elle en cas de besoin. Et les problèmes ne tardent pas à surgir : des disparitions mystérieuses secouent les clans surnaturels du Vermont. Le Directum, composé des chefs de clans, confie à Rebecca la mission de retrouver les disparus et d’éliminer les coupables. Mais l’affaire prend une tournure personnelle lorsque Léonora, la fille de Rebecca, est kidnappée à son tour. Rebecca devra unir ses forces avec les membres des autres clans pour mettre fin à ces attaques et retrouver les disparus, ce qui ne sera pas aussi simple que prévu.

Au-delà de son style unique, Cassandra O’Donnell déploie son talent au sein d’univers fantastiques très différents les uns des autres, en s’appuyant sur le folklore fantastique, tout en laissant libre cours à son imaginaire.

3 – Des univers fantastiques riches et variés

Cassandra O’Donnell a su créer des mondes uniques, peuplés de créatures surnaturelles, de magie et d’aventures palpitantes. Ses sagas comme La Légende des Quatre ou Le Collège Maléfique transportent les lecteurs dans des univers où l’imaginaire est roi. Ces mondes fantastiques, adaptés aussi bien aux adolescents qu’aux adultes, regorgent d’intrigues complexes et de personnages fascinants. Chaque nouvelle série est une porte ouverte vers un univers différent, offrant aux lecteurs un véritable dépaysement.
Dans le monde secret de Sombreterre, une série constituée de trois tomes réunis en une intégrale chez Flammarion en 2023, Victor est un jeune garçon doté d’une capacité particulière : il voit des choses qui ne devraient pas exister. Orphelin, il a grandi chez Hélène et Franck, sa famille d’accueil depuis plus de dix ans, au point de les considérer comme ses véritables parents. Malgré des conditions de vie modestes, Victor a été admis dans la prestigieuse école de la ville, ce qui remplit ses parents de fierté, mais complique son intégration parmi ses camarades. Heureusement, Lucas, son meilleur ami, est là pour le soutenir. Seul Lucas connaît le secret de Victor : il peut voir et communiquer avec des fantômes, mais aussi avec des monstres qui le traquent la nuit. Lorsque Alina, une nouvelle élève, rejoint sa classe accompagnée de son étrange animal de compagnie, Chawak, Victor découvre qu’il n’est pas le seul à percevoir ces entités surnaturelles. L’arrivée d’Alina coïncide étrangement avec une intensification des attaques nocturnes contre Victor. Qui est vraiment Alina, et pourquoi semble-t-elle le connaître si bien ? D’où viennent ses pouvoirs, et quel est cet étrange monde dont elle lui parle, et où ils devront bientôt se réfugier ?
Le collège maléfique, publié chez Flammarion, a été écrit pour les 10-13 ans et est constitué de quatre tomes : Le Marche-rêve (2020), Les Fils d’Asmodeux (2021), La Cible (2022) et La Rébellion (2023). Alors qu’Emma s’apprête à célébrer son treizième anniversaire, elle reçoit une lettre qui bouleverse sa vie. Pendant des années, elle a réussi à dissimuler ses pouvoirs et à vivre discrètement, mais le gouvernement a finalement retrouvé sa trace. Son père, qui a tout fait pour la protéger, est anéanti par cette nouvelle : Emma est contrainte d’intégrer l’école des Spéciaux, un lieu mystérieux dont il est impossible de s’échapper. Cette nouvelle école signifie pour Emma un déchirement, car elle devra quitter son père, ses ami(e)s et tout ce qu’elle a toujours connu. L’école des Spéciaux, pleine de créatures monstrueuses et de démons, renferme d’innombrables secrets. Emma sait qu’elle devra se montrer forte pour survivre et espérer revoir un jour son père. Une nuit, alors qu’elle s’endort, elle est aspirée dans le cauchemar d’un garçon qui la supplie de l’aider. Elle découvre alors qu’elle est une marcheuse de rêves, capable de transformer les rêves en cauchemars, les cauchemars en rêves, et même de les rendre réels. Dans cette école-prison, Emma rencontre des compagnons singuliers : sa colocataire aux grandes oreilles, capable d’entendre à des kilomètres, et Groumpf, une créature qui ne parle que dans un étrange langage. Dans ce monde peuplé de personnages intrigants, Emma devra apprendre à maîtriser ses dons pour survivre et découvrir la vérité sur cette école terrifiante.
La Légende des quatre, est une série dans l’univers des métamorphes, pour les 13 ans et plus, publiée chez Fammarion. Elle est constituée de quatre tomes : Le Clan des loups (2018), Le Clan des tigres (2018), Le Clan des serpents (2019) et Le Clan des aigles (2020). Dans un monde où les humains ont presque anéanti la planète, seuls quelques survivants demeurent. La Terre, désormais régie et protégée par quatre clans de yōkais, est sous la garde d’êtres ayant l’apparence humaine mais capables de se transformer en animaux géants. Les aigles, les loups, les tigres et les serpents forment ces clans puissants qui veillent sur les humains, leur interdisant toute forme de science ou d’arme pour éviter une nouvelle catastrophe. Toute rébellion humaine est impitoyablement réprimée. Au centre de cette histoire se trouvent les héritiers des clans : Maya, héritière des loups, Bregan, héritier des tigres, Wan héritier des serpents et Nel héritière des aigles. Malgré leurs différences et la guerre qui oppose leurs clans, ces adolescents qui se sont toujours perçus comme des ennemis devront s’unir face à une menace commune. Dans cette alliance forcée, de nouveaux liens se tissent. Leurs destins sont sur le point de changer alors qu’ils se retrouvent pour la première fois contraints de se comprendre et de coopérer.
Dead Garden – L’héritière est une nouvelle série dans l’univers de Rebecca Kean publiée chez Flammarion en 2024. Ce premier tome est la réédition du spin-off sur la fille de Rebecca Kean, la première série écrite par Cassandra O’Donnell, et porte sur la vie de Léonora. Un deuxième tome est en cours d’écriture. Léonora, mi-vampire, mi-sorcière de guerre, est un être hybride issu de deux clans ennemis. Or les sorcières de guerre, appelées les Vikaris, sont nées pour annihiler les vampires. Cette hybridation confère un grand pouvoir à Léonora : la force, la rapidité et la capacité de régénérer des vampires d’un côté et la puissance des Vikaris, maîtresses des éléments de l’autre. C’est ce pouvoir qui a attiré Héla, la déesse de la mort, et qui fait qu’elle l’a choisie, elle, pour devenir la nouvelle faucheuse : le seul être capable de passer du monde des morts à celui des vivants. Mais à quel prix ? Léonora est envoyée en apprentissage en France, chez les Vikaris, ces sorcières de guerre dirigées par la Prima, sa mère, Rébecca Kean. Or Léonora n’est pas sans savoir que les Vikaris détestent intrinsèquement ce qu’elle est et la considèrent comme une abomination de la nature. Pourtant, dès lors que son clan se trouvera en danger, Léonora mettra tout en œuvre pour retrouver les coupables et pour sauver ces femmes redoutables. Même si cela nécessite de rendre une petite visite surprise à son père, Michael, l’un des plus puissants vampires de la région ! Cet ouvrage peut se lire indépendamment de la série Rebecca Kean, mais il est bien plus amusant de le lire en connaissant le passé de Léonora et de sa mère.
Grâce à la création de ces mondes fascinants et à un style percutant, Cassandra O’Donnell parvient à traiter de thèmes importants de la vie quotidienne, tout en embarquant ses lecteurs dans des aventures inoubliables.

Conclusion

Si vous ne connaissez pas encore les ouvrages et le style d’écriture de Cassandra O’Donnell, nous ne saurions que trop vous les recommander.
L’autrice sait parfaitement s’adapter à l’âge de ses lecteurs et à leurs envies. Elle sait également très bien jongler d’un style littéraire à l’autre, bien que l’on observe une récurrence des histoires fantastiques. La lecture de ses ouvrages, pleins d’actions et d’humour, est facile. Ils plairont sans aucun doute aux élèves ! De plus, plusieurs thématiques reviennent dans chacun d’eux comme le respect de la différence ou la problématique du harcèlement scolaire, ce qui en fait de bons livres à étudier en classe pour approfondir ces questions essentielles qui touchent tous les élèves et tous les établissements scolaires. Si la réponse à ces problèmes est souvent mêlée de magie, c’est surtout l’amitié qui permet de les dépasser. Le message sous-jacent à ces livres nous semble être qu’en respectant la différence de chacun, et en s’entraidant, il est plus aisé de surmonter les difficultés que l’on rencontre.
N’hésitez pas également à faire venir Cassandra O’Donnell dans vos établissements pour un atelier d’écriture ou une rencontre avec les élèves. Cassandra O’Donnell est dynamique, enjouée et leur plaît généralement. Nous avons eu l’occasion de faire sa connaissance l’an dernier au cours d’une rencontre organisée dans un lycée voisin de notre collège (le lycée Maryse Condé à Sarcelles). Les lycéens volontaires et les collégiens du club lecture du collège Voltaire ont pu discuter avec elle sur ce qui l’a poussée à devenir écrivaine et ses projets d’écriture. Ils ont également appris les bases pour se lancer eux-mêmes dans l’écriture. Souriante, bienveillante et pleine d’entrain, Cassandra O’Donnell encourage les élèves à lire et à progresser dans leurs études. Au-delà de ses qualités d’écrivain, son charisme les enjoint à l’écouter et à la suivre dans ses propositions d’écriture. Ils ont pu faire un petit exercice pour poser les bases de leur propre histoire. Elle est attentive aux réactions des élèves et sait répondre à leurs questions et interrogations diverses.
Alors n’hésitez plus à commander ses ouvrages ou à la rencontrer autour d’un atelier d’écriture !

Photo : Céline Nieszawer © Flammarion

 

 

Représentation des minorités dans les littératures de l’imaginaire contemporaines

Historiquement, certaines branches des littératures de l’imaginaire ne sont pas dénuées de représentations diverses. Nous pensons notamment aux premiers romans de vampires du XIXe siècle dans lesquels les lecteurs et lectrices pouvaient retrouver des personnages homosexuels. Nous pouvons par exemple citer des œuvres comme Carmilla, de Sheridan Le Fanu, dans laquelle le protagoniste principal éponyme séduit Laura avant d’en faire sa victime. De même, la relation de deux des personnages secondaires du Dracula de Bram Stocker, Mina et Lucy, peut être lue comme une relation amoureuse, même si cela n’est pas dit explicitement.
De manière contemporaine cependant, les littératures de l’imaginaire, comme la fantasy ou la science-fiction, ne sont pas réputées pour la diversité de leurs figures héroïques. Au contraire, il leur est souvent reproché la prédominance de personnages masculins et les rôles très secondaires et stéréotypés accordés aux personnages féminins, ainsi que l’absence de protagonistes issus de minorités. Néanmoins, une nouvelle génération d’auteurs, et surtout d’autrices, s’attache désormais à combler ce manque. Toutes les œuvres proposées ici sont donc principalement axées autour d’héroïnes et comptent toutes un ou plusieurs personnages LGBT+, non-blancs et/ou porteurs d’un handicap.

Les récits fantastiques : une autre manière de représenter le réel

Le roman fantastique a pour caractéristique de proposer des intrigues se déroulant dans un monde réaliste et souvent contemporain, tout en introduisant des faits et/ou des personnages surnaturels. Ainsi, les contextes et les normes sociétales que l’on trouve dans ces récits ne sont pas créés de toutes pièces par l’auteur et correspondent à ce que connait le lecteur, même si d’autres éléments relèvent de l’imaginaire. C’est donc un bon outil pour introduire dans un texte une dimension de diversité et pour reproduire la société telle qu’elle est vraiment, que cela joue ou non sur l’intrigue.
Plusieurs auteurs proposent notamment des personnages principaux porteurs d’un handicap. Si ce handicap peut parfois avoir un rôle dans l’aventure qui se déroule dans le roman, puisqu’il peut par exemple être considéré comme un obstacle de plus à dépasser ou générer une compétence supplémentaire, il faut avant tout s’attacher à la notion de représentation des personnes handicapées. Celles-ci demeurent en effet extrêmement peu visibles dans la fiction en général, et d’autant plus lorsque le handicap n’est pas le sujet central de l’œuvre. Dans Les Entremondes, de Sean Easley, les jumeaux Cameron et Cassia ont été abandonnés par leur père qui ne leur a laissé en héritage qu’un médaillon chacun. Grâce à ces petits objets, Cameron va parvenir à se déplacer dans le monde entier en un clin d’œil, atterrissant dans des univers plus féériques les uns que les autres. Si Cassia, en fauteuil roulant à cause d’une maladie génétique, n’a pas un rôle de premier plan dans ces aventures, elle tient tout de même une place importante dans le récit. Dans Alana et l’enfant vampire, à l’inverse, c’est bien le personnage principal qui est porteur de handicap. Alana est issue d’une famille de chasseurs de vampires, mais son jeune âge la condamne à poursuivre sa scolarité au collège pendant que ses parents et sa sœur partent en mission… jusqu’à ce que sa route croise celle d’un jeune vampire et qu’elle se lance elle-même dans l’aventure. Ainsi, Alana souffre de douleurs chroniques, ce qui permet à l’autrice de mettre au jour les handicaps invisibles. Par ailleurs, ce roman s’intéresse également aux thématiques de genre avec un personnage important non-binaire, tout comme aux orientations sexuelles minoritaires, puisque la sœur d’Alana est lesbienne. De plus, les lecteurs et lectrices apprécieront également que tous les personnages ne soient pas blancs.
Les thématiques LGBT+, justement, sont présentes dans plusieurs romans fantastiques, souvent sous la forme de romances entre deux personnages du même genre. C’est le cas par exemple de Passing Strange, d’Ellen Klages, un roman historique qui se déroule dans le San Francisco des années 1940 et qui s’attache aux destins de six femmes homosexuelles, tout en y associant une ambiance magique. Dans un registre plus merveilleux, nous pouvons également citer À la tombée du ciel, de Sophie Cameron, dont la protagoniste principale, Jaya, d’origine srilankaise, tente de surmonter le décès de sa mère. Dans le même temps, le monde fait face à un phénomène étrange : des créatures angéliques, que Jaya et ses amis vont tenter de protéger, tombent du ciel. Dans ce contexte, l’homosexualité de Jaya est abordée via la relation romantique qu’elle noue avec Allie. Enfin, dans le domaine de la littérature young adult d’horreur, Rory Power met en scène dans Wilder Girls un pensionnat pour jeunes filles isolé sur une petite île et frappé par un virus. C’est dans cet environnement cruel, dans lequel les survivantes souffrent autant des conséquences de la maladie que de la faim, que naît une histoire d’amour entre deux des personnages mis en avant par l’autrice, Hetty et Reese.
Ainsi, comme on le voit avec ces quelques titres, la littérature fantastique, pour adolescents et jeunes adultes notamment, parvient ces dernières années à proposer des figures héroïques moins normées et donc plus diverses.

Nouveaux mondes, nouvelles normes ? Le traitement de la diversité dans la fantasy

Cette évolution se retrouve également dans la littérature de fantasy qui est pourtant traditionnellement marquée par un manque criant de diversité. Du côté des publications pour adolescents, le diptyque Eon et le douzième dragon / Eona et le collier des dieux d’Alison Goodman, paru en poche en français en 2011 et 2012, met en scène une jeune fille se faisant passer pour un garçon pour devenir dresseuse de dragons. Au-delà de cette réflexion sur les rôles genrés, c’est sans doute l’un des premiers romans pour la jeunesse à proposer un personnage de femme transgenre, en la personne de Dame Dela, qui accompagne et conseille l’héroïne dans ses aventures. Toujours pour les collégiens, côté bande dessinée cette fois-ci, nous pouvons parler de Princesse princesse, de Katie O’Neil, qui met en avant des personnages issus de minorités tout en tâchant de déconstruire les stéréotypes habituels des contes de fées.
Pour les lecteurs plus aguerris, à qui la lecture d’épais romans de fantasy ne fait pas peur, voici un panel de récits, écrits par des femmes, qui s’attachent à mettre à l’honneur des personnages qui n’ont généralement pas leur place dans ce genre littéraire. L’Héritage des rois passeurs, de Manon Fargetton, par exemple, place son intrigue entre deux mondes, le nôtre et un autre plus fantasmagorique. On y suit notamment Raven, héroïne lesbienne et princesse, qui cherche à récupérer sa place sur le trône du Royaume d’Ombre. Comme dans ce roman, il semble que la création d’univers conçus autour de sociétés matriarcales soit favorable à la mise à l’honneur de personnages LGBT+. C’est le cas par exemple du roman de Jeanne Mariem Corrèze, Le Chant des cavalières, qui nous fait découvrir un royaume principalement féminin et dont l’héroïne, Sophie, est homosexuelle, comme de nombreux autres personnages, sans que cela ne prête aucunement à conséquence. Il faut également évoquer l’un des gros succès de l’année dernière, Le Prieuré de l’oranger, de Samantha Shannon. Dans ce roman, parsemé de personnages LGBT+ et racisés, nous suivons particulièrement la reine Sabran qui doit consolider sa présence sur le trône et faire face aux manigances de ses ennemis. Elle se lie amoureusement à Ead, une mage en mission secrète dans le royaume. Outre ces deux personnages principaux de femmes puissantes et lesbiennes, d’autres personnages LGBT+ et racisés parcourent le roman et en font un titre phare de cette nouvelle vague de fantasy plus diverse et inclusive.
Dans un autre genre, le comics Monstress, de Marjorie M. Liu et Sana Takeda, met en scène dans un univers médiéval-fantastique un personnage principal amputé, un couple de femmes et de nombreux personnages asiatiques. La construction de cet univers complexe et empreint de mythologie notamment japonaise permet d’aborder la thématique du racisme avec force et justesse.

Science-fiction : quelle vision de la diversité dans le futur ?

De la même manière qu’en fantasy, le monde de la science-fiction accueille désormais une nouvelle génération d’autrices racisées et/ou queers, qui n’hésitent pas à mettre en scène des personnages qui leur ressemblent et à parler de diversité. En effet, en plaçant leurs actions dans des temps futurs, l’occasion leur est donnée d’interroger les évolutions possibles du traitement des minorités, en termes de progrès ou de dégradation.
Becky Chambers est l’une de ces autrices importantes du XXIe siècle. Tous les titres de sa trilogie Les Voyageurs ont reçu le Hugo Award, qui récompense chaque année les meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy. Cette série, et notamment son opus L’Espace d’un an, fait la part belle à la diversité en mettant en scène un vaisseau spatial dont la mission est de creuser des tunnels dans l’espace, et à bord duquel cohabitent plusieurs espèces, ainsi que des personnages racisés et LGBT+. De même, dans son dernier roman, Apprendre si par bonheur, Becky Chambers s’attache à présenter un équipage spatial divers, composé de quatre membres, dont plusieurs sont présentés comme bisexuels et dont l’un est transgenre et l’autre asexuel.
Les questions de genres sont aussi abordées par l’autrice de science-fiction Rivers Solomon qui, elle-même, est une personne transgenre. Cependant, dans L’Incivilité des fantômes, même si des personnages LGBT+ parsèment tout le récit, ce sont surtout les problématiques de races qui sont mises en avant, grâce à la construction d’une micro-société : un vaisseau transportant depuis des centaines d’années les derniers survivants de la planète Terre vers un eldorado de plus en plus incertain. Ici, comme dans une répétition du passé, les blancs, riches et vivants sur les ponts supérieurs, ont réduit en esclavage les populations noires, qui, elles, vivent dans la partie inférieure du bâtiment spatial. De même, dans son dernier roman, Les Abysses, Rivers Solomon revisite l’histoire des Noirs américains en transformant leurs descendances en mythiques personnages aquatiques. Dans ce très beau texte, les enfants des femmes esclaves jetées enceintes par-dessus bord des navires esclavagistes sont devenus des sirènes. Ce récit aborde avec poésie la question de la mémoire et du poids de l’histoire sur les générations qui suivent.
La dystopie de Betty Piccioli Chromatopia propose un monde où la société est régie par un fonctionnement de classes. On y suit plusieurs personnages issus des différentes strates sociales, depuis la plus basse avec Hyacintha, qui tente de survivre dans un contexte de grande pauvreté, à la plus élevée avec Améthyste, princesse du Royaume, en passant par Aequo, jeune teinturier héritier de l’entreprise familiale. Sur fond de révolution populaire, les lecteurs pourront également découvrir une histoire d’amour entre deux filles et un personnage principal bisexuel.
Enfin, pour terminer avec la science-fiction, nous pouvons également nous intéresser à la bande dessinée, avec la jeune autrice Tillie Walden (dont toute l’œuvre est à découvrir) et son roman graphique Dans un rayon de soleil. Dans cet opus, l’humanité occupe désormais des vaisseaux ou de nouvelles planètes colonisées. On y suit Mia, qui intègre un équipage dont la fonction est de restaurer d’anciens vaisseaux. Le récit revient également sur son passé en pensionnat et sur sa relation avec l’une de ses camarades. Cette magnifique bande dessinée a la particularité de ne proposer que des personnages féminins ou non-binaires, sans qu’aucune justification n’apparaisse nécessaire.

Ainsi, si nous n’avons plus l’habitude de voir des personnages et des contextes divers dans la littérature généraliste, nous avons pu démontrer que ceux-ci ne sont pas absents des littératures de l’imaginaire, bien au contraire. La diversité, valeur qui devrait être fondamentale dans la littérature, doit aussi l’être dans nos établissements, afin de proposer aux jeunes lecteurs et lectrices des personnages qui leur ressemblent, à tous et toutes ; des personnages qui sortent de la norme. Pour aborder cette question d’un point de vue professionnel, plusieurs outils sont à notre disposition. Par exemple, le site spécialisé Planète Diversité propose un Petit guide de la diversité1 à destination des bibliothécaires et des documentalistes. Il faut aussi noter la création de la maison d’édition Vox Eorum, spécialisée en littérature jeunesse et jeunes adultes, dont l’objectif est de publier de la littérature ownvoice, c’est-à-dire des textes écrits par des personnes issues de minorités.

 

 

Monstrueux monstres

Aux origines

Dans le grand catalogue des monstres en tous genres, on peut compter sur les auteurs antiques pour alimenter une grande partie de nos peurs. Cyclopes et autres créatures bizarrement formées peuplent l’imaginaire antique. Pour les découvrir, il faut plonger dans la collection Histoires noires de la mythologie, chez Nathan. On y découvre les monstres les plus terribles. Dernier né de la collection, Méduse, le mauvais œil1, d’Anne Vantal, nous fait découvrir l’histoire de l’un des monstres les plus mythiques : à l’origine, la plus belle des trois Gorgones est vite l’objet de l’attention de Poséidon, à qui elle succombera de force dans l’enceinte du temple d’Athéna. Furieuse, cette dernière transforme alors Méduse en monstre hérissé de serpents, et dont le regard pétrifie celui qui a le malheur de le croiser…

Pour découvrir un large choix de monstres antiques, une collection s’impose, Percy Jackson. À l’âge de 12 ans, un jeune collégien américain découvre qu’il est le fils de Poséidon. Il se rend alors à la colonie des Sang-Mêlé, camp d’entraînement des demi-dieux. Percy est alors prêt à affronter les pires épreuves et les monstres les plus redoutables de l’Antiquité… toutefois quelque peu revisités puisqu’ils y habitent désormais au sommet de l’Empire State Building ! Quand même plus tendance que l’Olympe… Dans le deuxième opus, La Mer des monstres2, Percy affronte le monde des monstres marins, lesquels n’ont rien à envier à leurs collègues terrestres ! Une série qui séduit les lecteurs par son rythme, son humour et ses péripéties tout droit venues de l’Antiquité. Car oui, les monstres antiques sont vraiment et définitivement indémodables.
Petit dictionnaire humoristique des dieux et héros de l’Antiquité, La Mythologie racontée par les petits mythos3 propose aux jeunes lecteurs une approche globale et rigolote des monstres antiques.

 Des vilains méchants pas beaux

Avant d’attaquer les choses sérieuses, faisons une incursion du côté des monstres gentiment effrayants. Dans Le Bus 6664, Colin Thibert nous fait voyager en compagnie d’un catalogue d’horreurs, vampires, fantômes et autres zombies. Mais que diable Chloé allait-elle faire dans ce bus ? Elle n’était pas censée aller au collège, au départ ? Allez, Chloé, tu verras, ce n’est pas si horrible que ça les monstres…
C’est aussi ce que pense chaque jour Wallis May, héros du roman Wallis M, 14 ans, sauveur du monde5, de Metantropo. Âgé d’à peine quinze ans et se déplaçant en fauteuil roulant, le jeune garçon a pour mission de détruire les kaméléons, d’abominables aliens venus d’on ne sait trop où… Un roman rythmé et plein d’humour, pour nos lecteurs de 6e et 5e.

Beaucoup de rebondissements également dans le roman Jack Perdu et le royaume des ombres6, de Katherine Marsh. Alors que Jack vient d’échapper à un accident, il consulte à New York (la ville où sa mère est morte quelques années auparavant) un étrange médecin. Peu après, il découvrira les portes du royaume des morts, où il partira pour retrouver sa mère. Bien entendu, il croisera sur son chemin quelques gentils et (moins gentils) petits (et moins petits) monstres…
Beaucoup moins gentils maintenant sont les monstres du cirque de l’étrange, cirque ambulant imaginé par Darren Shan dans la série L’Assistant du vampire7. Les pires horreurs semblent s’être données rendez-vous pour proposer un spectacle dérangeant et terrifiant. Le jeune Darren a assisté à l’une des séances et, fasciné par Madame Octa, l’énorme araignée vedette du spectacle, il la dérobe à la fin de la représentation. Mal lui en a pris, car l’araignée le pique, et la seule façon de garder « la vie sauve » est de devenir l’assistant du vampire du spectacle… et donc de devenir lui aussi un vampire ! Une série qui fera frémir les lecteurs à partir de la 5e.

 

Ne va pas dans ce couloir !

Bon, si on passait aux choses sérieuses ? On veut des monstres, des terribles, des qui font vraiment peur ? Et on a ce qu’il vous faut en stock ! Par quoi commencer ? Zombies décharnés ? Créatures maléfiques ? Très très grosse bébête ?

Allez, va pour la vilaine bestiole. Quelque part au milieu de nulle part, un jeune homme nourrit une inquiétante créature. On ne sait pas bien à quoi elle peut ressembler, mais une chose est certaine, ce n’est pas un caniche nain ! Enfermée dans un cube de béton, la bête grandit, et bientôt son espace risque d’être un peu étroit… Et justement, elle a très envie d’aller voir ailleurs si elle y est. Mais la demoiselle est incontrôlable et va vite semer le désordre derrière elle… Vous voulez en savoir plus ? Plongez-vous dans le roman d’Ally Kennen, La Bête8. Vous ferez la connaissance de la créature… et des cauchemars qui vont avec !
De bien vilains rêves vous attendent également à la lecture de La Forêt des damnés9, de Carrie Ryan. Isolée dans un village entouré de barbelés, au cœur d’une forêt, la jeune Mary rêve de sortir de cette prison. Mais la forêt est peuplée de zombies que personne n’aimerait croiser le soir, justement, au détour d’un bois. Un roman captivant et particulièrement stressant, que les élèves dévorent à partir de la 4e.
Une bestiole. Des zombies. Place à l’alien ! Et pas n’importe lequel. Son nom ? Celà. Tout droit venue de l’inconnu, cette créature immatérielle débarque sur Terre. Et elle a faim. Très faim. Elle prend alors possession des hommes qu’elle croise, s’empare de leur conscience et de leur cerveau, et agit à leur place. Et elle dévore ! Précision : sur sa planète, le mot « vegan » ne doit pas exister ; il lui faut des nourritures plus consistantes, plus rouges et plus vivantes… Avec Celà10, Moka ne ménage pas son lecteur, et il faut avoir le cœur bien accroché. Mais quel choc de lecture !
Lecture coup-de-poing également que le roman Passeuse de rêves11, de Loïs Lowry. On y suit l’histoire de Petite, être miniature qui collecte les souvenirs en touchant les objets, et qui les transfère ensuite dans le cerveau des humains pour y créer les plus beaux rêves. Ça a l’air tout mignon, vu comme ça, non ? Mais c’est sans compter ses ennemis, les Saboteurs, qui eux, créent les pires cauchemars et les colères les plus profondes… Un roman fascinant, au cœur des pensées et des rêves.
Quant au roman Dream Box12, de N. M. Zimmermann, il gravit encore un échelon dans l’horreur, au royaume des ombres et des entités terrifiantes qui hantent la vie de ceux auxquels elles s’attaquent, en créant chez eux violence et désespoir. Le pire de ce qu’ils ont en eux peut alors s’exprimer. Le jeune Jeffrey est la proie des ombres depuis l’âge de neuf ans. Il rencontre un jour un homme qui a vécu la même chose que lui, et qui lui apporte une boîte, la Dream Box, dans laquelle il pourra enfermer les ombres et enfin dormir tranquille… À condition de ne jamais ouvrir la boîte… Un roman terrifiant et glaçant.

Des monstres très… humains

Il n’est pas forcément nécessaire d’être moche, d’avoir quatre bras ou de venir d’une autre planète pour être un monstre. La monstruosité peut parfois prendre des allures très quotidiennes, et chacun peut croiser la route d’un monstre à tout moment.
Dans cette petite ville américaine, un groupe d’adolescents a toujours en mémoire l’assassinat, dix ans auparavant, de Clarence, jeune garçon de leur classe. Pour Dylan, le souvenir est encore plus vivace. En secret, elle a le don de voir les enfants assassinés et le lieu où ils se trouvent. Or le meurtrier de Clarence n’a jamais été arrêté. Serait-il toujours dans les parages ? La question est dans tous les esprits, jusqu’au jour où une petite fille disparaît… Le monstrueux Rôdeur, comme la ville l’a surnommé, a-t-il encore frappé ? La réponse dans C’est pour toi que le rôdeur vient13, d’Adrienne Maria Vrettos.

On frémira également devant le monstre de violence imaginé par Charlie Price dans son roman, Desert Angel14. Au fin fond d’une Amérique très profonde, Angel vit dans une caravane avec sa mère, loin des paillettes de New York et Hollywood. Un matin, Angel découvre sa mère morte dans la caravane. Scotty, son dernier amant, l’a assassinée. Et Angel sait qu’elle est la prochaine sur la liste. Une course-poursuite s’engage pour la jeune fille… Un thriller implacable, haletant et scotchant, qui ne peut que raviver ces cauchemars d’enfance dans lesquels un monstre nous poursuit inlassablement…
Mais il n’est pas besoin d’habiter un endroit glauque pour croiser la monstruosité. Dans Tous les héros s’appellent Phénix15, de Nastasia Rugani, Phénix et Sacha l’apprennent bien malgré elles. Ces deux jeunes filles voient leur vie basculer le jour où leur professeur d’anglais entame une relation avec leur mère et s’installe chez elles. Si tout semblait commencer pour le mieux, leur vie plonge peu à peu dans l’enfer de la violence… Le monstre peut bel et bien entrer dans votre maison sous des apparences trompeuses… Un roman dérangeant, à posséder absolument.

Diaboliquement monstrueux

Faut-il classer le diable dans la catégorie des monstres ? Sans nul doute. Dans L’Escalier du diable16 de E. E. Richardson, de mystérieuses disparitions secouent la petite ville de Redford et plusieurs enfants pensent en avoir percé le secret : un mystérieux escalier, au-dessus duquel apparaît l’Homme noir. Une seule solution : affronter le monstre en face, sur l’escalier… Terrifiant.
Est-ce également le diable qui apparaît dans le roman d’Anne Fine, Le Passage du diable17. Depuis sa naissance, Daniel vit enfermé dans sa chambre, sous l’emprise de sa mère. Sur un appel des services sociaux, Daniel est pris de force à celle-ci, et part vivre chez un médecin et sa famille. Il ne garde de son ancienne vie qu’une maison de poupée, réplique de la maison de sa mère. Mais de bien curieux événements se produisent dans cette petite maison, et le pire est à venir…

 

 Et enfin…

L’Étrange cas de Juliette M.18, de Megan Shepherd. En cette fin du xixe siècle, à Londres, Juliette a perdu la trace de son père. Ce dernier, l’un des plus grands chirurgiens de la ville, a été banni de la cité pour des pratiques médicales très controversées. Nul ne sait où il se trouve, ni même s’il est mort. Juliette décide d’en avoir le cœur net, et veut le retrouver coûte que coûte. Ah, on ne vous a pas dit ? Son père est en fait sur une île, et son nom est Moreau… Ça vous rappelle quelque chose ? L’histoire de ce médecin, revisitée par le regard de sa fille, pose la question de la monstruosité. Jusqu’où peut-on aller pour transformer l’être humain ? Jusqu’à quelles tortures ? Et moralement, qu’en penser ?

Voilà de quoi faire de beaux cauchemars pendant un bon moment… Allez, un peu de patience, le prochain Thèmalire portera sur les vacances ! Monstrueuses lectures à tous !