Ces ateliers ont pour but de :
– Donner des pistes pour travailler la posture physique et vocale ;
– Proposer des jeux et exercices pour développer l’écoute du groupe ;
– Travailler sur le choix des textes et extraits de textes.
Étayés par des lectures que je donne en bibliographie et des années de pratique de l’improvisation théâtrale, ces exercices et conseils, faciles à retenir et à mettre en œuvre, peuvent aider les enseignantes à travailler ces compétences.
Je vous propose ici un exercice que j’ai testé lors d’une session de formation en janvier 2020, et que vous pouvez adapter. J’ai choisi de présenter cet exercice plutôt que l’ensemble de la formation, car il me semblait à la fois plus original et plus facilement appréhendable pour des enseignant.es qui souhaiteraient mettre en place ce type de travail avec leurs élèves.
En amont
Cet exercice s’insère dans une journée de formation de six heures. Cette formation était inscrite au PAF et quinze enseignantes y ont participé, principalement des professeures de français et des professeures documentalistes. Je leur ai proposé de travailler le matin sur des exercices physiques et des jeux, et l’après-midi de mettre en application les apprentissages du matin sur des textes de leur choix que je leur avais demandé d’apporter.
Les exercices physiques consistaient en des assouplissements, des étirements, des jeux d’articulation, mais également des jeux de groupe, comme par exemple le jeu du cow-boy (cf. l’encadré) pour créer de la cohésion, afin de créer un collectif d’écoute. Vous trouverez facilement des ouvrages ou tutoriels pour des exercices d’assouplissement ou d’articulation, je ne les développerai pas ici. Ce que je vous propose dans ce document, c’est un exercice que j’ai inventé pour l’occasion et qui m’a permis de faire travailler les stagiaires sur un point en particulier, l’investissement.
Travailler l’investissement
L’objectif de l’exercice est de réussir à créer une forme de « théâtralité » qui permettra à la lecture d’être plus habitée, plus vivante et donc plus agréable à recevoir par le public. Il s’agit de trouver l’entre-deux délicat entre la lecture plate, peu attrayante et la mise en scène de théâtre, qui n’est plus de la lecture à voix haute, mais une performance de comédien.ne. Ce que je cherche à faire comprendre aux stagiaires, c’est ce qu’en théâtre d’improvisation on appelle l’investissement. L’investissement est le fait d’être impliqué dans son action, de croire à ce qu’on fait pour pouvoir transmettre l’action ou l’émotion au spectateur. Une lecture investie, c’est une lecture qui permettra de faire passer, en modulant sa voix, les intentions de l’auteur.rice.
Travailler l’écoute
Il ne peut y avoir de lecture réussie sans une bonne écoute de la part de l’auditoire. L’écoute doit réellement être active, et la lectrice ou le lecteur soutenu par le groupe qui l’écoute. Cette création de groupe peut se faire de différentes manières, soit sous forme de jeux théâtraux ou de relaxation en commun, c’est le but des exercices de cohésion que j’ai mentionnés plus haut, mais également en proposant à la lecture un texte décalé, drôle, ironique, voire choquant3. Réveiller l’auditoire, le fédérer autour d’une émotion commune aide à créer le groupe d’écoute. Lors de ma dernière formation, j’ai choisi de faire lire aux stagiaires des extraits de roman à l’eau de rose type Harlequin.
Préparer l’exercice
Pour arriver à faire ressentir aux stagiaires cette expressivité et pour créer de la complicité avec le reste du groupe, je leur propose de lire des extraits de romans sentimentaux, notamment les romans des éditions Harlequin (en vente dans les magasins ou par correspondance, ou récupérables dans les boites à livres). J’en ai ainsi récupéré une dizaine pour les besoins de la formation.
Ces romans à l’eau de rose, très stéréotypés, racontent tous globalement la même chose : une belle jeune femme rencontre un homme riche et ténébreux, leur relation commence à être houleuse, puis, à la suite d’un retournement de situation quelconque, ils finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre et par se marier ; quelques scènes un peu osées viennent pimenter le récit. L’histoire n’a que peu d’importance, car c’est sur le style que l’on va s’appuyer pour théâtraliser le récit : le style est ampoulé, les dialogues convenus, et cela tourne vite au ridicule. Il est difficile de lire à haute voix ce genre de texte au premier degré et l’on se retrouve naturellement à « jouer » un peu en lisant la scène. De plus, ces récits n’étant jamais dans les choix des stagiaires, ils peuvent s’entraîner sur eux sans aucune affection, et pourront les singer facilement.
Ayant constaté cet effet, j’ai proposé cet exercice aux stagiaires. Je l’ai préparé de la manière suivante :
– Je sélectionne à l’avance dans les ouvrages trois extraits signifiants : la première rencontre, le premier baiser/la première nuit d’amour, le dénouement. Ces extraits font une page à une page et demie, guère plus. Connaissant le nombre de stagiaires participant à la formation, j’en ai sélectionné une quinzaine.
– Le jour de la formation, j’expose le but et les modalités de l’exercice aux stagiaires. C’est également le moment que je choisis pour expliquer comment faire pour sélectionner un extrait. En effet, ce qu’on choisit de lire compte autant que la manière d’en faire la lecture. Il s’agit de trouver un extrait signifiant dans un texte, une situation-clé, une description particulièrement parlante. Je n’oblige bien sûr personne à passer, mais le but étant de s’exercer, tout le monde se plie habituellement de bonne grâce au jeu. Après chaque passage, nous échangeons sur ce qui a fonctionné ou pas, et le cas échéant, j’invite la personne à reprendre le passage ou à proposer un autre extrait.
Réception de l’exercice
La plupart des stagiaires ont « senti » le côté théâtral de l’exercice et se sont amusées à surjouer les passages que je leur avais préparés : comme nous avions auparavant travaillé sur l’écoute, et sur la formation d’un groupe, l’auditoire était préparé à jouer le jeu avec la lectrice. L’une après l’autre, les stagiaires se sont emparées chacune à leur manière de ce matériau un peu ridicule et l’ont transformé en lecture, soit sexy, soit comique, voire les deux. Cet exercice permet également de faire prendre conscience de l’importance de l’interprétation : un même passage peut ne pas faire du tout le même effet suivant la manière dont il est lu.
Seule une personne n’est pas rentrée dans l’ambiance, trouvant les textes trop ridicules, elle a toutefois accepté de passer elle-aussi devant les autres.
Que retenir de cet exercice ?
Ce n’est bien sûr pas la qualité littéraire du texte qui est à retenir ici, mais la dynamique créée autour de cette lecture, aussi bien chez la personne qui lit, que chez les élèves qui la reçoivent. Vous pouvez utiliser n’importe quel document qui vous inspire, l’important est qu’il soit un peu décalé ou second degré. Débarrassé de l’aspect « il faut lire avec le ton un texte sérieux », les lecteurs et lectrices retrouvent le plaisir ludique de la lecture, état d’esprit qu’il faut essayer de préserver pour d’autres lectures.
Cet exercice peut être utilisé comme échauffement lorsque vous prévoyez des séquences étalées sur plusieurs séances, pour des mises en voix de textes, mais aussi pour des préparations à des webradios.
Il pourrait aussi être intéressant pour les professeur.es documentalistes et/ou les enseignant.es de français en début d’année : à la fois pour créer le groupe classe et pour progresser sur la lecture d’extraits de texte en classe.