Le TraAM documentation 2017-2018
Le thème du TraAM documentation pour l’année scolaire 2017-2018 était « repenser l’espace existant du CDI pour mieux répondre aux besoins des usagers face aux évolutions des pratiques culturelles, informationnelles et pédagogiques » avec cette problématique : « Comment repenser l’espace existant du CDI pour répondre aux besoins des usagers (élèves, professeurs, personnels) ? » 2 La réflexion était axée sur le CDI comme lieu de créativité, la question des 3C, les espaces participatifs au CDI, le Fablab, le CDI tiers lieu, le CDI « virtuel », le design thinking. Je me suis rapidement positionnée du côté du CDI tiers lieu, lieu de créativité et participatif.
La mise en place du projet
Cette expérimentation est née d’un constat fait depuis quelques années dans le CDI où j’exerce : beaucoup d’élèves viennent au CDI sans projet précis, pour attendre l’heure de cours suivante ; ne sachant souvent que faire, ils cherchent un endroit plus calme que la salle d’étude (selon leurs dires). Il n’existe aucun espace de type foyer au collège pour décompresser. Certains colorient, dessinent. J’avais déjà proposé des coloriages anti-stress mais j’avais dans l’idée de créer un environnement plus agréable pour s’adonner à ce genre d’activité avec un sentiment de participation et d’appropriation de la part des élèves. Le TraAM m’a aidée à formaliser cette idée. Je suis partie de la définition du tiers lieu donnée par Mathilde Servet en référence à la thèse de Ray Oldenburg « le tiers-lieu est un espace physique répondant aux besoins d’une communauté présente en ce lieu. Chaque tiers-lieu aura donc une personnalité qui lui est propre et directement rattachée à son endroit d’implantation. L’ambiance du troisième lieu est généralement joyeuse, vivante, marquée par la curiosité, l’ouverture et le respect de l’autre propice à un échange. Il permet de rompre la solitude ou de contrer l’ennui. Leur environnement est marqué par la simplicité, mettant les gens à l’aise, les invitant à s’approprier le lieu facilement. Ils offrent un cadre confortable et douillet, dans lequel les individus ont envie de séjourner plus longuement, un lieu d’habitués. La convivialité y règne et rapproche leur atmosphère de celle du foyer. Le troisième lieu est véritablement composé par ses usagers qui lui donnent sa richesse »3. Le tiers lieu dans un environnement scolaire peut être aménagé pour l’accueil de petits groupes d’élèves qui peuvent travailler ensemble ou non. J’ai donc créé cet espace dans un environnement sympathique avec un sentiment d’appropriation de la part des élèves.
Les objectifs
Nous avons défini des objectifs précis de départ : diversifier les activités du CDI, laisser s’exprimer la créativité des élèves, leur donner plus d’autonomie, leur permettre de participer plus activement à la construction et à l’organisation de l’espace, éviter de se disperser dans les activités dans l’espace travail du CDI, dédier certaines activités à cet espace et favoriser les apprentissages numériques sur tablettes. Ces activités ne font pas pour l’instant l’objet d’une progression identifiée mais font intervenir des compétences transversales reprises dans la synthèse inter-académique4 intitulée « valorisation des compétences au sein des tiers lieux ».
Dans quel espace du CDI ?
Le CDI du collège Paul Cézanne est doté de trois salles de travail vitrées et c’est une chance. L’une d’elles a une trop petite surface pour un travail en groupe et jusqu’à maintenant sa destination était peu définie. Cette salle donne sur un patio intérieur accessible. J’ai donc procédé à la réorganisation et à la décoration de cette petite salle avec l’aide des élèves. Nous avons utilisé le matériel à notre disposition au CDI : des chauffeuses, des tables et décoré les murs avec des affiches, des dessins et des mots dispersés (penser, rêver, créer…) pour égayer l’ensemble. Nous avons installé du matériel de dessin, des coloriages, des jeux, des livres et un poste de musique (photos n° 1, 2, 3).
Dans cet espace les élèves peuvent réaliser des créations artistiques (dessins, coloriages…) ou des créations numériques (tablettes), se servir des livres jeux à disposition (labyrinthes, livres « cherche et trouve », jeux de maths, illusions d’optique, énigmes…), résoudre des casse-têtes, faire des jeux (tangram, questions/réponses), utiliser les tablettes, écouter de la musique douce (relaxation). Ils sont informés lorsqu’ils viennent au CDI de la possibilité de s’installer dans la salle, sous réserve de l’adoption d’un comportement acceptable et avec un maximum de sept en même temps. J’ai dû aussi rédiger un règlement spécifique à cet espace (règlement bulle, figure 4).

Des tablettes au CDI
J’ai toujours pensé cet espace en liaison aussi avec le numérique et il a fallu faire l’acquisition de tablettes. Elles ont été mises en service après les vacances d’hiver et sans accès au wifi : j’ai donc dû mettre en place une organisation ; j’ai décidé de donner des destinations d’utilisation à chaque tablette, au nombre de 5, pour simplifier le téléchargement des applications (que je fais chez moi avec une mise à jour régulière) grâce à l’achat de 5 étuis de couleurs différentes. Ainsi les élèves ont la possibilité d’utiliser :
Une tablette pour réviser (noire) : réviser différentes matières par niveaux, pour le DNB…
Une tablette pour créer (verte) : dessiner, colorier, apprendre à dessiner, créer des bandes dessinées…
Une tablette pour réfléchir (bleu ciel) : jeux de réflexion, devinettes, quizz…
Une tablette pour se cultiver (bleu foncé) : lire des livres numériques, jeux de culture générale…
Une tablette pour jouer (rouge) : jeux d’échecs, cartes…
Les élèves en accès libre au CDI demandent l’autorisation de prendre une tablette et s’inscrivent, s’engageant à respecter la charte informatique du collège et la charte d’utilisation des tablettes au CDI que j’ai aussi créée pour la circonstance. Comme il s’agit de tablettes Android, pour télécharger les applications dans le Playstore j’utilise le compte Gmail du CDI.
Choix du nom «la bulle du CDI»
Donner un nom à l’espace était primordial. « Être dans une bulle » veut dire se replier sur soi pour éviter le stress créé par les autres ou l’environnement direct, s’enfermer. En oubliant ce sens négatif d’enfermement, j’ai pensé, en attribuant ce nom, que les élèves pourront aller dans cette salle vitrée (comme un aquarium) parce qu’ils recherchent le calme, veulent être protégés et se retrouver éventuellement avec d’autres qu’ils connaissent ou non et peut-être ainsi faire de nouvelles connaissances. « Être comme un poisson dans l’eau », se sentir bien dans cet espace, tout simplement.
Et le budget…
La première difficulté a été l’achat des cinq tablettes. J’ai donc monté un projet «Des tablettes au CDI» et je l’ai soumis au chef d’établissement qui a tout de suite donné son accord. J’ai choisi des tablettes basiques mais suffisantes pour l’utilisation que nous allions en faire. Ensuite il fallait équiper l’espace. J’ai réuni tous les documents du CDI susceptibles d’intéresser les élèves dans ce cadre : livres d’illusions d’optiques, d’énigmes, de magie, livres de dessin… J’ai aussi réuni du matériel pour dessiner, récupéré des boîtes et tiroirs pour ranger et décorer. Ensuite j’ai consacré une partie du budget du CDI à l’achat de matériel pour cette salle : jeux, livres d’énigmes et de devinettes… Mais la dépense était minime et correspondait à une réaffectation du budget, le CDI ayant déjà un fonds intéressant.
Pour animer l’espace, tous les lundis je propose aussi une énigme à résoudre. Elle est affichée au tableau dans la salle, et ils peuvent répondre avec des bulletins à me remettre. Il s’agit soit de devinettes, soit de problèmes de maths simples, soit de rébus… J’affiche le résultat le vendredi à 12h et les noms des gagnants. Ils ont droit à une petite récompense. Certains élèves ont pris l’habitude de venir pour répondre à ces énigmes, y compris des élèves de 3ème. Cela a permis à beaucoup de découvrir l’espace. Pour les créations artistiques je propose un thème différent chaque mois. Ils peuvent ainsi décorer l’espace avec leurs dessins ou créations sur ce thème (fête, métiers, gourmandise…).
Bilan de l’expérimentation
La mise en place des tablettes a vite été un succès. Les élèves les ont utilisées régulièrement sauf la tablette noire « pour réviser » ; je vais devoir réfléchir à sa modification pour la rendre plus attractive. Ils les utilisent toujours dans la salle, le plus souvent confortablement installés dans les chauffeuses. À certaines «heures de pointe», souvent au moment de la demi-pension, je suis obligée de gérer les priorités.
J’ai interrogé les élèves qui fréquentent régulièrement cet espace sur ce qu’ils apprécient et aiment y faire et ils ont répondu : être au calme et profiter du côté confortable et lumineux, s’adonner à des activités proposées différentes de celles qu’ils ont l’habitude de faire au CDI, écouter de la musique calmement, faire des jeux à plusieurs, dessiner, utiliser les tablettes. J’espère prolonger ce travail sur la valorisation de cet espace en y associant les enseignants qui désirent proposer aux élèves des moments de lecture calme par exemple. Je souhaite également développer le côté créatif avec la mise en place d’un club où les élèves pourraient réaliser des escape games ou faire de la vidéo sur des thèmes précis. Participer aux TraAM est une expérience enrichissante. J’espère aussi obtenir enfin l’autorisation d’utiliser le Wifi au CDI pour connecter les tablettes et optimiser leur utilisation.
S’engager dans les TraAM permet de se remettre réellement en question, d’innover, de réfléchir à ses pratiques et je recommande vivement l’expérience dans une carrière d’enseignant. Les échanges sont enrichissants, impulsent des projets bénéfiques pour nous et surtout pour nos élèves. Le bilan complet des TraAM documentation pour l’académie de Nice est visible à cette adresse : https://www.pedagogie.ac-nice.fr/docazur/index.php/traam/traam-documentation/1513-traam-documentation-2017-2018-synthese-de-l-academie-de-nice.